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Pour maîtriser parfaitement la disposition des lieux du hold-up, deux avocats, Me Rouiller (à gauche au premier plan) et Me Fouquet (à gauche au deuxième plan), ont demandé, hier midi, aux deux policiers (à droite : Joël au premier plan et Christian derrière lui) de les accompagner rue du Bourg-Bas où ils se sont fait tirer dessus par les malfaiteurs. Hier devant la cour d'assises de la Sarthe, les deux sous-brigadiers du commissariat du Mans, partis ce jour-là pour une patrouille de routine, ont retracé le film des événements qui ont marqué leurs mémoires au fer rouge.
« En arrivant, on a entendu comme des pétards à mèche. On pensait que c'était des jeunes. On partait pour leur dire qu'on n'était plus le 14 Juillet quand on a remarqué des hommes à l'allure suspecte qui descendaient l'escalier menant de la place Tironneau à la rue du Bourg-Bas. On a décidé de les contrôler. J'étais au volant de la voiture. Ils sont passés devant nous. L'un d'eux s'est retourné et a parlé aux autres. Ils ont continué à marcher tranquillement et ils ont même traversé la rue devant notre véhicule. »
Joël, 55 ans aujourd'hui, alors passager de la Peugeot 309 aux couleurs de la police poursuit : « Quand on est arrivé dans le virage, j'ai dit : Halte ! Contrôle de police. Ils ont tiré dès qu'ils ont entendu le clic de ma portière. J'ai vu une flamme sortir du canon de l'arme »
Selon Christian, 47 ans, un seul malfaiteur a tiré : « C'est allé très vite. Je me suis ramassé derrière le volant. Je ne revois plus la personne qui tirait mais je revois les coups de feu. » Joël, lui, a sorti son arme de service, un Manurhin 38 Spécial Police : « J'ai vu deux hommes faire feu, dont un homme de couleur. Ils étaient environ à 7 ou 10 mètres de moi. Il y a eu 5 ou 6 tirs. Moi j'ai riposté quatre fois. J'avais le pied droit dehors. J'ai tiré entre le montant de la portière à moitié ouverte et le pare-brise. Je ne pouvais pas bien viser. Ça a duré entre 5 et 10 secondes. »
« J'y repense toujours »
Les braqueurs prennent la fuite vers une voiture stationnée un peu plus loin dans la rue du Bourg-Bas. Christian reprend ses esprits : « J'ai demandé à Joël : « Je n'ai rien ? » Vu le nombre de coups de feu, je pensais qu'il était impossible que je n'ai rien. Sur le coup, je n'ai pas eu le temps d'avoir peur. Mais dans les jours qui ont suivi, on s'aperçoit qu'on pourrait très bien être passé de l'autre côté. »
La présidente Ferrari lui demande s'il s'est remis des événements. S'il a bénéficié d'un soutien psychologique de sa hiérarchie. « Je m'en suis remis. On n'a pas tellement eu le choix, estime Christian. Du côté de notre hiérarchie, on a eu aucun soutien. Aucun arrêt de travail. On n'a jamais vu personne. Le soir même, alors qu'on n'avait même pas mangé de la journée, ils voulaient qu'on reprenne le service de nuit sans notre arme de service. »
L'amertume de Christian est partagée par son collègue. « Je ne m'en suis pas remis. J'ai failli démissionner, confie Joël. Même maintenant, j'y repense toujours. Encore aujourd'hui, je peux remettre chacun à la place où il était. D'ailleurs, les impacts des balles qu'on a tirées sur nous sont toujours bien visibles dans les portes des garages bleus qui se trouvaient sous la banque. »
Igor BONNET.