Dossier

Les municipales dans votre ville

Édition du mardi 11 mars 2008

« La droite a fait campagne contre elle-même »

Qu'est-ce qui a fait Jean-Claude Boulard ? Le maire, réélu haut la main dimanche, nous livre son analyse.

A quoi vous attendiez-vous vraiment avant que les premiers résultats ne soient connus ?

Je n'avais pas de sondage, j'avais refusé d'en faire faire, c'est démobilisateur. A 10 h du matin, le dimanche, quand j'ai vu qu'il se mettait à pleuvoir à seaux et que les bureaux de vote se vidaient, je me suis dit qu'on serait bon pour un deuxième tour à cause de la règle des 25 % (1). Mais vers 15 h, en faisant un point sur les taux de participation des différents bureaux, j'ai compris que l'électorat de droite était démobilisé. Pourtant, 10 minutes avant la fermeture des bureaux, j'ai expliqué à mes collaborateurs que j'allais être battu ! C'est le vieux syndrome du concours, ce moment incroyable où la liste des reçus est affichée. Par superstition, je ne pouvais pas me dire que c'était gagné. Je n'en ai été sûr que lorsque les résultats des premiers bureaux sont tombés.

Comment expliquez-vous une victoire aussi nette dès le premier tour ?

Mes adversaires ont confondu critiques et impatiences avec contestation, ce qui est une erreur fondamentale. Les gens qui vous aiment vous critiquent, parfois en haussant le ton très haut. Mais ça ne veut pas dire qu'ils ne voteront pas pour vous. Je l'ai régulièrement vu dans nos réunions de campagne, qui ont souvent ressemblé à des réunions de quartiers. Quand on me dit « Monsieur le maire, on n'est pas content après vous », c'est une façon d'engager la conversation.

Ça n'explique pas les 58,90 %...

La clef, c'est les attaques. Il y a eu des attaques personnelles contre moi, notamment sur des sites internets. Elles m'ont profité. Nous, on n'a pas fait une seule critique, on n'a répondu à rien. Le nom de Sarkozy n'est pas cité une seule fois dans mes documents de campagne. La droite, elle, a fait campagne contre elle-même. A la fin, les gens venaient me dire « On n'est pas de vos idées au niveau national, mais aux municipales, on va voter pour vous ». Dimanche, la droite mancelle a été très sévère avec sa propre candidate.

Et le MoDem ?

Il aurait pu faire quelque chose au Mans. Mais quand j'ai appris que c'était Fanal qui conduirait la liste, j'ai tout de suite su que c'était fichu pour eux. On connaît son caractère. La suite m'a donné raison. Son électorat n'aime pas les excès de langage. On savait que plus il allait parler, plus il allait perdre. Au final, je suis même étonné qu'il passe la barre des 5 %.

L'extrême-gauche ?

Il y a une vraie fidélité au parti communiste dans cette ville. Elle empêche l'extrême-gauche d'y progresser. Le fait d'avoir le PC avec moi a joué en ma faveur, tout comme le fait que trois listes trotskistes se présentent. Je savais qu'il y aurait une dispersion des voix.

Dimanche, vous avez dit que vous tiendriez compte du fait que vous aviez rassemblé une partie des électeurs de droite. Proposerez-vous un poste d'adjoint à un élu d'opposition ?

Non. L'ouverture pratiquée par le président de la République en a donné une mauvaise image. Et puis après ce qui a pu être dit contre moi pendant la campagne, ce serait assez malsain. Personne ne comprendrait. En plus, nous avions déjà négocié la répartition des postes d'adjoints entre les différents groupes de ma liste. Il n'y aura pas de surprises. Maryse Berger restera première adjointe, François Edom au sport... Je tiens à conserver des élus expérimentés aux postes clefs.

Quelles seront vos priorités pour 2008, en tant que nouveau maire ?

L'espace culturel Jacobins est le premier dossier que nous allons relancer. Le nouveau stade pourrait être mis en chantier entre juin et septembre. On verra aussi comment on peut lancer les premières études sur la deuxième ligne de tramway. C'est très attendu au Villaret. On va également revoir les dessertes bus. On va s'engager dans la deuxième phase de la piétonnisation du centre-ville et mettre en oeuvre notre plan vélo.

Stéphane VERNAY.



Le premier conseil municipal élira le maire et désignera ses adjoints samedi prochain, à 10 h. La première « vraie séance » est programmée pour le jeudi 20 mars.



(1) La règle des 25 % : un candidat qui recueille plus des 50 % des suffrages exprimés au premier tour ne peut pas être élu s'il n'obtient pas, en même temps, au moins 25 % des voix des électeurs inscrits. Cela peut se produire en cas de forte abstention. C'est ce qui est arrivé dimanche à Jacqueline Pedoya, qui sera contrainte à disputer un second tour le 16 mars, alors qu'elle a obtenu plus de 55 % des suffrages exprimés dans le canton Le Mans Ville Est dimanche dernier.

Ouest-France

Les autres titres

maville.com Tous les flux RSS d'actualités