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Sébastien Cornille et François Fresneau partagent une passion immodérée pour la vigne et le vin. Ils font partie des 15 vignerons producteurs dans la zone d'appellation jasnières et coteaux du Loir.
L'appel de la vigne
François : Mon père était pépiniériste à Marçon, il vendait des plants de vigne aux autres vignerons. Il avait aussi trois hectares de vigne, que j'ai repris en 1975. J'ai commencé par planter du pinot d'Aunis. Puis l'exploitation s'est agrandie au fil du temps.
Sébastien : Mes parents étaient artisans potiers à Sancerre. Dans une région viticole. J'ai tout de suite ressenti l'attrait de la terre. La vigne est vivante. Je peux suivre les transformations de mon produit du début à la fin. C'est ça qui me plaît. Je suis parti huit ans à la Réunion pour aider les viticulteurs locaux à développer leur vignoble, au sein d'une cave coopérative. Quand j'ai cherché à revenir en France, un ami, qui avait découvert le jasnières dans un grand restaurant de Genève, m'en a dit beaucoup de bien. Et l'occasion s'est présentée de venir m'installer ici.
François : Je vois son arrivée d'un très bon oeil. C'est une ouverture, pour améliorer nos techniques et nos approches des marchés. Et puis Sébastien est un technicien. Mon souhait, c'est qu'il montre aux autres producteurs comment travailler encore mieux la vigne.
Du jasnières, vous avez dit ?
Sébastien : Ce vin est rare, typique. Il ne laisse pas les gens indifférents : on aime ou on n'aime pas. On doit protéger cette tipicité-là. Aujourd'hui, la crise sur le marché du vin a amené beaucoup de vignobles à changer leur stratégie, à aller vers des produits plus en rondeurs, plus agréables.
François : Oui, il faut garder l'identité bien marquée du jasnières tout en restant moderne. L'acidité a longtemps été le souci de notre terroir. Il y a 30 ans, les rendements étaient plus élevés, alors dès que les vignerons voyaient un raisin trop avancé, ils vendangeaient ! Depuis, on a diminué l'acidité par des procédés naturels, en attendant que le raisin soit mûr. Et non pas en mettant des saloperies dans le pinard, comme certains le croient, parce qu'ils ne reconnaissent plus le jasnières !
Améliorer encore la qualité
François : On a beaucoup travaillé la vinification. Maintenant, on a besoin d'améliorer encore ce qui fait la base de notre travail : la qualité du raisin. En entretenant encore mieux la vigne. Autrefois, l'amour-propre du vigneron était tel, qu'une vigne bien taillée était une fierté. Les anciens avaient tout compris !
Sébastien : Il faut aimer la vigne, l'observer pour deviner les soins dont elle a besoin. Il y a une partie de ressenti, de sixième sens. La technique ne fait pas tout.
Un avenir plein de promesses
François : On aura toujours des difficultés à faire baisser nos coûts de production. On travaille sur de petits volumes, avec peu de vignerons, sur des terrains parfois très en pente et une production en dents de scie. C'est pour cela qu'on doit valoriser nos produits. Quand j'ai commencé le jasnières, je le vendais au même prix que le coteaux du Loir. Aujourd'hui, il s'est taillé une belle notoriété : on en parle dans les bouquins de gastronomie !
Sébastien : On va travailler à améliorer l'image de nos produits et à les faire connaître. Les gens ont changé leurs habitudes de consommation, ils boivent moins de vin qu'avant. À terme, je suis sûr qu'ils reviendront vers les produits du terroir, vers la qualité.
Estelle JOLIVET.