Immobilier : on se calme après des années folles
Après des années de hausse historique, l'immobilier se calme en France. Et au Mans.
Michel Vincent est président départemental de la Fnaim. Il ouvre notre série sur l'immobilier manceau.
Quelle est l'évolution du marché de l'immobilier au Mans ?Après une hausse de 40 % sur les cinq dernières années, les prix sont aujourd'hui stabilisés, parfois même en baisse. Le palier est atteint. On a beaucoup de transactions dans l'ancien. Mais dans le neuf, ça se calme : il faut être plus sélectif. Une partie des Français cherche à réduire leurs impôts avec le logement, devenu un produit financier classique. Mais la pierre, c'est de la pierre ! Exemple : des banques de Strasbourg vendent des logements à leurs clients. Or, on ne regarde pas le bâti ou la situation. Il y aura des surprises.Y a-t-il trop de constructions au Mans ?Levons le pied sur la pédale d'accélérateur pour les maisons neuves ! Mais attention : il n'empêche que tout ce qui se construit aujourd'hui se vend et se loue. Sauf pour les bâtiments construits en dehors des zones d'habitation traditionnelles, où il y a par exemple des immeubles neufs à moitié vides. Mais la construction se fait surtout au détriment de l'ancien. On fait des efforts de pédagogie auprès des bailleurs pour faire des travaux et rendre les logements plus attrayants.Quel est l'impact de la hausse des taux d'intérêt ?On a connu une période où les taux d'intérêt étaient descendus jusqu'à 2.5 % sur 15 ou 20 ans. Une période d'euphorie qui a permis un basculement de la location vers la propriété : en huit ans, on est passé de 56 % à 46 % de locataires en France. Aujour d'hui, on va vers un taux d'intérêt compris entre 4.8 et 5 %, soit le double. La durée du crédit s'allonge : on emprunte désormais pour 20, 25 voire 30 ans. Conséquence, cette hausse va jouer sur les transactions. Or, pendant l'embellie, de nombreuses agences immobilières surfaient sur les prix. Dans l'inconscient, l'immobilier c'était le fric facile. Du côté de certaines officines, il va y avoir de la casse.Faut-il s'attendre à des conséquences liées aux problématiques de l'environnement sur le bâti ?On a construit des milliers de maisons individuelles. Des logements en bonne partie mal isolés. Dans 20 ans, tous ces logements devront correspondre aux nouveaux critères. On va avoir droit à une réglementation sur l'isolation thermique. Si on doit faire un ravalement de façade aujourd'hui, il est plus intelligent d'isoler avant de peindre.Quelles sont les tendances nouvelles dans l'immobilier ?Pendant dix ans, on a connu une expatriation des villes. Les logements en campagne et en périphérie, à 25 km du centre, ont connu beaucoup de succès. Aujourd'hui, le prix des combustibles pour le chauffage et du carburant fait que les organismes bancaires vont être beaucoup plus regardants en délivrant des crédits. Leur réflexion va tenir compte de ces critères. Par exemple, un couple qui a deux voitures à 25 km de la ville, c'est 100 km de voiture par jour. C'est un budget colossal. Si les carburants restent à ce niveau, on va avoir inévitablement un retour intra-muros de bon nombre de locataires et de propriétaires. Propos recueillis par Gabriel THIERRY.
Ouest-France