+ Vous souhaitez réagir à cette article ?
Piétonnisation du centre-ville ? Vous avez dit piétonnisation du centre-ville ? Ça ne devrait pas déjà être fait, ça ? Ben si. A en croire les anciens documents de campagne diffusés en 2001 par la liste Une nouvelle étape pour Le Mans, la création d'un vrai grand plateau piétons au centre-ville du Mans faisait parti des priorités du candidat Jean-Claude Boulard.
Sept ans plus tard, il est où, ce grand plateau piétons ? « On a avancé à un train de sénateurs », ironise Marc Le Saux, le porte-parole du collectif transports de l'agglomération mancelle (CTAM), qui rêvait d'une piétonnisation rapide « de l'ensemble du quartier Saint-Nicolas ». Raté. Il aura fallu attendre six ans et la métamorphose de la place de la République, liée à l'arrivée du tramway, pour assister aux premières extensions piétonnes en centre-ville. Et aux premières déceptions.
« La municipalité n'a pas de projet »
« Nous, on espérait la création de vraies liaisons piétonnes entre la rue des Minimes, le quartier Saint-Nicolas et la place des Jacobins, précise Marc Le Saux. On aurait voulu que ça se fasse avant le lancement du tramway, pas après, avec une vraie dynamique. Le problème, c'est que la municipalité n'a pas de projet. On attend toujours un véritable schéma piétonnier au lieu d'une piétonnisation par petits bouts et de reculades. Rues de la Perle et Saint-Jacques, on se retrouve avec une voie piétonne coupée en deux par une voie de circulation. Et rue de la Juiverie, la piétonnisation a tenu 15 jours avant d'être retirée ! »
La faute à qui ? Aux pressions des commerçants, inquiets de voir leurs clients filer. Il faut dire que la tentative de la rue de la Juiverie avait été conduite au plus fort des travaux du tramway, synonyme de perte de clientèle. A l'époque, Bernard Warain, président de la chambre de commerce et d'industrie de la Sarthe (CCI) avait bricolé un sondage maison auprès des commerçants du quartier Saint-Nicolas, où il possède une épicerie fine. La majorité des sondés avait demandé à ce que la piétonnisation soit « réétudiée après la fin des travaux du tramway ». On y est. Le tram a ramené des acheteurs en ville et les partisans de la piétonnisation affirment que la piétonisation serait tout bénèf, aujourd'hui, pour les tiroirs-caisses. Bernard Warain n'y croit toujours pas, qualifiant la piétonnisation de « connerie monumentale » et de menace pour la survie du commerce indépendant.
« Rendons d'abord les trottoirs aux piétons »
Entre CTAM et CCI, « Nous les piétons », une association créée l'an dernier, adopte des positions moins radicales. Plutôt que demander une extension du secteur piétonnier, « rendons les trottoirs aux piétons ». Comment ? En luttant en priorité contre l'envahissement des trottoirs existants par les bacs à fleurs, les bicyclettes, les autos mal garées, les terrasses de cafés, les chevalets et les poteaux mal placés... Quitte à prôner la création d'une police municipale qui soit « à même de verbaliser toutes les infractions » qui privent aujourd'hui les piétons manceaux de leur espace vital. « La création d'un grand plateau piéton, d'accord, résume Jacky Cartier, président de Nous les piétons. Mais à condition que les piétons y soient réellement respectés ! »
Stéphane VERNAY.