Baby-sitting









Jean-Jacques Roussel, « c'était un personnage exceptionnel », souligne à la barre Ginette, son amie de l'époque. « Un Thierry le Luron [...] Il était né comme ça, je l'avais fait comme ça », témoigne, dans une salle d'assises plombée par l'émotion, sa maman de 74 ans. Elle tenait avec lui le bar l'Annexe, dans le quartier Saint-Pavin. Jean-Jacques Roussel adorait la fête. L'alcool aussi. Cette nuit du 27 octobre 2006, il fait donc la fête à l'Élixir, avec Ginette et Cédric, un copain. Le trio a pas mal bu.
Au comptoir du bar, Cédric vient asticoter Mickaël Chevallier. « Il me cherchait... », raconte le jeune homme mince. Ses cheveux blond-roux coupés ras et sa voix douce lui donnent un faux air de Tintin timide. « Il me cherchait à propos de Sylvie... », la bonne amie avec qui Mickaël est venu boire un verre. Cédric se fait rembarrer. Mais il revient, attrape Mickaël par le cou. « J'ai eu peur, raconte ce dernier. Je lui ai mis un coup de tête. Il saignait du nez et une personne s'est interposée. »
Mickaël Chevallier est prié de quitter les lieux. Il le fait sans difficulté. « J'attendais Sylvie dehors. » Mais c'est Jean-Jacques Roussel, le copain de Cédric, qui sort de l'Elixir. « Il a dit qu'il allait régler ses comptes », affirment des témoins. Seule certitude : il n'y a personne dehors pour dire ce qui s'est passé. Il n'y a que le récit de Mickaël Chevallier : « M. Roussel m'a dit de s'excuser pour son copain. J'ai refusé. Alors, il m'a donné un coup de poing à la mâchoire et un autre à la tempe. Il allait continuer. Alors, j'ai frappé. J'ai dû lui mettre trois ou quatre coups de poings et il est tombé par terre. »
Il refuse d'être secouru
Secouru par ses clients qui sortent du bar, Jean-Jacques Roussel, malgré une brève perte de connaissance, refuse d'être secouru par les pompiers. Il rentre chez lui. Il reste au lit deux jours avant que sa maman et un médecin le fassent hospitaliser en urgence. Il meurt le lendemain, victimes de deux hématomes qui se sont développés dans son crâne, dont l'un au cerveau. « Les hématomes fatals sont dus à des coups au visage, à la chute de la victime ou... aux deux », rapporte la médecin légiste. Interrogée, elle indique que, hospitalisé immédiatement, « la victime aurait peut-être pu être sauvée ». Ou peut-être pas.
Mickaël Chevallier est arrêté le jour du décès de Jean-Jacques Roussel. Mais qui est ce Tintin timide capable de tels accès de violences ? De son propre aveu, Mickaël Chevallier a eu « une enfance heureuse ». Il est « très famille » et voudrait suivre la trace de ses trois frères et soeurs, tous mariés et parents. Mais c'est un jeune homme complexé et malade. Il a fait trois tentatives de suicide : à 19 ans, il s'est tiré une balle dans l'épaule gauche mais il visait le coeur. Sa quête de la famille idéale a régulièrement tourné au désastre. Ses compagnes successives le quittent, « parce qu'il boit et que l'alcool le rend agressif ». Une fois, il frappe une jeune femme et roue de coups la voisine qui était venue la secourir.
Riposte proportionnée ?
Mickaël Chevallier a fait de nombreux séjours en hôpital psychiatrique. Les experts décrivent « un psychotique », « un grand angoissé » qui peut « interpréter des paroles ou un geste comme une agression contre lui. » Pour eux, il y a altération du discernement de l'accusé au moment des faits. L'avocate générale Moulin-Bernard en tient compte. Elle demande cinq ans de prison, dont deux avec sursis. Mais elle réfute par avance la légitime défense. « En admettant, et on n'en sait rien, que Jean-Jacques Roussel ait donné les premiers coups, la riposte n'était pas proportionnée à l'attaque. »
Car, pour Me Jean-Philippe Peltier, « on ne condamne pas pour une maladie ou un passé ». Il réclame l'acquittement de Mickaël Chevallier qui « s'est défendu » parce qu'il « était frappé ». Dans sa plaidoirie, il tente de semer le doute sur le lien entre les coups et la mort de Jean-Jacques Roussel. « Les pompiers n'ont rien remarqué d'anormal quand ils l'ont examiné. » Sous-entendu : la victime a-t-elle pu chuter après, en rentrant chez elle ?
La cour d'assises n'a pas suivi la défense. Mickaël Chevallier a été reconnu coupable de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Il a été condamné à cinq ans de prison, dont quatre avec sursis. Compte tenu de son année de détention provisoire, il est reparti libre du tribunal.
Patrick ANGEVIN.