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Pas de ticket, pas de carte magnétique, pas de contrôleur... Une utopie ? Pour les 45 000 habitants de Compiègne, une ville de l'Oise, c'est une réalité depuis trente ans ! En 2001, c'est Châteauroux (60 000 habitants) qui s'est lancé. Plus près de nous, les transports en commun sont gratuits à Mayenne et Vitré depuis plusieurs années. Rien à voir avec la couleur politique des municipalités. Mayenne est ancrée à gauche. Dans les trois autres villes, ce sont des maires de droite qui ont pris cette décision.
Pourquoi ? D'abord pour relancer une fréquentation des bus en pleine déconfiture. À Vitré, le nombre de voyages a ainsi triplé en l'espace de trois ans. Le phénomène est observé partout, au moins dans un premier temps. Du coup, les défenseurs de la gratuité y voient le seul vrai moyen d'incitation à laisser sa bagnole au garage ou sur un parking relais à l'entrée de la ville centre. À la clé, moins d'embouteillage, moins de gaspillage d'énergie, moins de pollution. Plutôt séduisant, non ?
Le problème est que la gratuité a... un coût. En 2001, Châteauroux a ainsi fait une croix sur 420 000 € de recettes, mais la billetterie ne représentait que 14 % du coût total de transports en commun à la dérive. À Mayenne, la gratuité coûte seulement 110 000 € parce que la taille de la ville (15 000 habitants) ne justifie, pour l'instant, qu'une seule ligne de bus... Le jeu en valait donc la chandelle.
Où trouver 8,6 millions d'euros ?
Et pour Le Mans ? Les recettes « billets » représentent un peu moins d'un quart du coût du service Setram. Donc, si le tram et les bus deviennent gratuits pour tous, c'est la bagatelle de 8,6 millions d'euros qui disparaissent. Car le budget des transports en commun pour une agglomération de 190 000 habitants est colossal : 36,7 millions d'euros prévus en 2008. Et pas question de ponctionner davantage les entreprises de plus de 9 salariés qui, en versant 1,8 % de leur masse salariale, assurent l'essentiel du budget (32,8 millions attendus en 2008). 1,8 %, c'est le taux maximum fixé par la loi !
Du coup, les opposants à la gratuité pointent le danger. En poussant le bouchon, cela donne : « Il faudra augmenter les impôts locaux pour permettre à un tas de gens, qui ont les moyens de payer, de voyager gratuitement. » En clair : mieux vaut une politique tarifaire adaptée à ceux qui en ont besoin. Au Mans, la Setram propose ainsi une quasi-gratuité aux chômeurs, aux handicapés et à certaines personnes âgées (sous condition de ressources). Très bien mais insuffisant pour changer les comportements des Manceaux vissés à leurs fauteuils de bagnoles, rétorquent les défenseurs du tout-gratuit, qui évoquent également les éventuelles économies en guichets automatiques, billets et autres contrôleurs.
Patrick ANGEVIN.