Le 12 février, Sud dépose, au dernier moment et à la surprise générale, une liste aux côtés des trois syndicats historiques (CGT, CFDT et Unsa) pour l'élection des représentants des employés (475 sur 563 salariés, essentiellement des conducteurs). Réaction immédiate de la direction qui ne veut pas des trublions de Sud dans l'entreprise. La Setram, avec le soutien de la CFDT, assigne Sud en justice au motif que « le syndicat n'est pas représentatif », condition indispensable pour participer au scrutin. Certes, Sud dispose déjà d'un élu mais c'est curieusement dans le petit collège des agents de maîtrise. Le jugement tombe : Sud est évincé.
Plutôt que de faire appel, le syndicat préfère alors la jouer malin. Sud appelle les salariés au boycott du scrutin en espérant rafler la mise lors d'un second tour. Car si moins de la moitié des salariés s'expriment au premier tour réservé aux syndicats « représentatifs », toutes les listes peuvent se présenter au second. Le pari a marché. Pas assez de votants au premier tour. Et vendredi, Sud obtient 134 voix et 3 sièges de délégués du personnel contre 2 à la CGT et 2 à la CFDT. Au comité d'entreprise, la CFDT (2 sièges) reste en tête mais Sud recueille 93 voix et deux sièges également (comme la CGT). Le grand perdant est l'Unsa, qui s'effondre totalement.
Gros malaise
Du côté de la CGT, on est un brin agacé. « La direction n'aurait jamais dû aller en justice, estime Jean-Michel Beaufils, délégué CGT. Beaucoup de salariés l'ont mal pris et cela a favorisé Sud. » Une analyse partagée par Jacques Le Roux, tout nouvel élu Sud. Jean-François Soulard, élu communiste et cégétiste de toujours, qui préside la société, assume : « On a appliqué le code du travail. Même si je reconnais que cela a pu favoriser Sud. C'est le vote des salariés. On le respecte. »
Au-delà du retour de bâton, le succès de Sud est révélateur d'un gros malaise. « La mise en service du tramway a bousculé les habitudes et les horaires de travail. Il y a plus de stress », raconte un conducteur qui a voté Sud « pour que la direction écoute ». L'entreprise est en pleine négociation annuelle sur les salaires. Espérons que les usagers du tram et des bus n'en feront pas les frais.
Patrick ANGEVIN.