Édition du dimanche 17 juin 2007
La grande désillusion de Sébastien Bourdais
Homme de pointe. Le Sarthois a connu le grand honneur de s'élancer en tête. Avant de déchanter. Dès le départ, une petite erreur a redonné l'avantage à Audi, et ensuite Bourdais a tourné « au ralenti ».
« C'est un grand honneur. Et aussi une grande pression, parce qu'il faut rester devant. » À deux heures du départ, Sébastien Bourdais, jusque-là discret sur l'émotion ressentie à l'idée de s'élancer en pole position, se lâche un peu. Il sait bien, en cet instant, que les caméras du monde entier seront sous peu braquées sur lui. Ainsi que des milliers de paires d'yeux tombant des tribunes. « Ça va être énorme. Si on m'avait dit qu'un jour je prendrais le départ des 24 Heures du Mans de cette manière, j'aurais eu du mal à y croire », insiste alors le Sarthois. Son propre compte à rebours avait commencé la veille au soir, quand en solitude il s'était mis à gamberger sur son joli sort, en cherchant le sommeil. Et, lorsqu'à 50 minutes avant le tour de chauffe, retentit une Marseillaise interprétée a capella, le pilote, casque déjà sur la tête et comme au garde à vous près de son auto, a les paupières fébriles. C'est dans ces clignements et ce regard qui balaie, que se lit l'émotion.Est-ce là, aussi, qu'il faut chercher l'origine de la faute commise dès le virage Dunlop ? In semble que non. Une piste sale, en gros manque d'une adhérence lavée par la pluie, et c'est le tout droit, suivi d'une gymnastique pour retrouver la bonne trajectoire : « J'ai braqué, la voiture n'a pas tourné, l'avant a grippé et l'arrière est parti mais de toute façon j'étais déjà à l'extérieur... » La scène se passe après seulement quelques centaines de mètres parcourus. Bourdais, qui rêvait de boucler au moins son premier tour de piste en tête, a été de la revue. Dépassé par la fusée Rinaldo Capello : « Je m'en suis beaucoup voulu, surtout que je n'ai pas eu l'impression de freiner tard. » La suite ne devait plus être qu'une gestion de crise intérieure.Juste après avoir passé le relais à Pedro Lamy, il détaille : « On est proches, en réglages, de ce qu'on avait aux préliminaires où j'étais super-content de la voiture. Mais la température étant bien inférieure cette fois, on a choisi une gomme différente, on a mis les pneus relativement tôt sur la grille et comme le tour de chauffe est tellement lent qu'on ne peut y mettre les pneus en régime. Je me suis fait un peu avoir, tout simplement. En plus, ces autos sont très sensibles à l'aéro et il y a beaucoup de vent. J'espère que c'est un mauvais moment à passer parce que si toute la course est comme ça... Entrer dans les virages Porsche sans savoir si on va en ressortir en marche avant ou en marche arrière, c'est chaud. » Le pilote a vécu une mise en bouche difficile, dans des conditions humides pas vraiment faite pour la 908 telle qu'elle était réglée et survireuse, Audi lui mettant trois secondes au tour. Pour autant, pas question de baisser pavillon. La nuit promettait d'être longue, sèche, et Sébastien Bourdais attendait avec impatience de pouvoir s'y exprimer plus efficacement.Olivier CLERC.
Ouest-France