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Un groupe d'étudiants chinois organise l'assassinat de M. Yee, collaborateur des services secrets japonais dans les années 40. Ils demandent à leur camarade d'université, Wong, d'user de ses charmes pour le piéger.
Un plan d'enfer. Pour ces jeunes Chinois résistants à l'occupation japonaise, dans les années 40, l'affaire est simple. Wong, la jolie étudiante du groupe, doit séduire M. Yee, un collaborateur complètement inféodé à l'ennemi. Il sera alors facile de le supprimer. Mais la relation entre eux devient plus complexe que prévu. Les sentiments s'en mêlent.
Retour à Venise, et au pays. Deux ans après le Lion d'Or que lui a valu Le secret de Brokeback Mountain, Ange Lee a de nouveau décroché la récompense suprême de La Mostra avec un mélodrame adapté d'une nouvelle d'Eileen Chang (1) évoquant le passé douloureux de son pays d'origine, au milieu du siècle dernier.
Etrangement, le cinéaste semble moins à son aise dans ce retour aux origines. Le franc-tireur qu'il est à Hollywood devient ici un cinéaste officiel qui reste sagement dans les clous d'un récit au traitement classique, malgré le recours à de multiples flashbacks pour tenter d'en dynamiser le déroulé. On ne s'improvise pas espionne du jour au lendemain. Le stratagème concocté par ces jeunes militants amateurs de théâtre est trop prévisible pour entretenir l'incertitude quant à son issue.
Reste pourtant le cadre d'une reconstitution historique soignée et raffinée. Et surtout l'interprétation du couple Tang Wey - Tony Leung. Ce qui au départ était entre eux comme un jeu du chat et de la souris devient vite une folle histoire de passion et de désir. Avec eux, Ang Lee se libère pour montrer dans une succession de scènes particulièrement torrides combien l'empreinte physique et sexuelle qui les unit sera l'instrument de leur destin.
(1) Amour, luxure, trahison Ed. Robert Laffont
Claudine, Nantes : "Sublime !"
Je suis allée voir ce film d'abord parce que Tony Leung - que j'ai découvert dans les films de Wong Kar Wai - dont j'ai appris à aimer et la présence et la si belle voix sensuelle y tenait l'un des deux rôles principaux. L'ambiance de Shanghaï et de la Chine de la Seconde Guerre mondiale y a été scrupuleusement recréée.
La jeune et merveilleuse interprète ne fait qu'ajouter encore au charme de ce film qui distille avec élégance cet orientalisme nostalgique : les intérieurs des demeures des privilégiés où l'on passe le temps à d'interminables parties de Ma-Jonq, comme les rues commerçantes où circulent rickshows et belles voitures, rien n'a été négligé pour reconstituer l'époque et le lieu de l'histoire qui nous est si joliment racontée.
Comment la jeune femme joue subtilement entre sa mission, séduire cet homme à abattre pour le groupe d'étudiants militants dont elle fait partie et le glissement progressif vers la passion amoureuse qui l'emporte malgré elle, c'est là le sujet de ce film réellement déchirant.
Je regrette quelques scènes, d'une sauvagerie sanglante, lors des règlements de compte entre étudiants de partis opposés ; elles m'ont paru absolument insoutenables.
Le film n'en demeure pas moins un chef-d'oeuvre qui fera date dans l'histoire du septième art. (23/01/2008)