Édition du samedi 16 février 2008
Lutte ouvrière a choisi d'y aller seule
Refus d'une liste commune avec la LCR, échec de sa tentative pour entrer sur la liste Boulard... Lutte ouvrière présente sa propre liste.
Et de trois ! Il y aura donc trois listes à gauche aux municipales du Mans. Après la liste PS-PC-Verts de Jean-Claude Boulard, après la liste Radicalement à gauche formée par la LCR d'Olivier Besancenot et les sympathisants altermondialistes de José Bové, c'est Lutte ouvrière qui a présenté la sienne vendredi soir. Elle sera emmenée par Yves Cheere, figure connue du parti d'extrême-gauche en Sarthe. Ouvrier chez Renault, Yves Cheere, 51 ans, avait notamment été élu conseiller régional en 1998.
Beaucoup de personnels de l'éducation (14) et d'ouvriers (7) et évidemment aucun patron ! La liste affiche, selon Lutte ouvrière, une moyenne d'âge de 43 ans et se veut « par sa diversité à l'image de la classe ouvrière en France ». Vingt des colistiers étaient déjà présents sur la liste présentée aux municipales en 2001, qui avait obtenu 5,20 % des voix. Volontairement ou non, seuls 8 des 55 candidats étaient présents pour la présentation de la liste.
Chez Lutte ouvrière, cela se fait à l'ancienne avec lecture d'un texte écrit, préalablement adopté par les « camarades ». Fidèle au credo trotskiste, Yves Cheere réaffirme que « seul un mouvement d'ensemble des travailleurs avec leurs armes, c'est-à-dire les grèves et les manifestations de rue, pourra mettre fin à la guerre que mène le patronat contre le monde du travail ». Bien. Alors, pourquoi présenter une liste ? « Pour infliger un désaveu cinglant à Sarkozy. »
Le numéro d'équilibriste s'est poursuivi par une tentative d'explication du refus de s'allier à la liste Radicalement à gauche, emmenée par la Ligue communiste révolutionnaire, autre formation trotskiste. « Faire liste commune, c'est adhérer à la démarche de la LCR de créer un grand parti anticapitaliste. Ce parti ne nous dérange pas mais nous ne souhaitons pas renier nos fondamentaux communistes, marxistes et trotskistes. »
Bien. Mais alors comment expliquer l'offre d'intégrer la liste Boulard, quand on vilipende depuis des années la gauche de gouvernement « alliée du grand capital » ? « Rien de contradictoire, estime Thomas Hubert. Cela n'aurait pas été un accord national entre partis car nous réprouvons la politique du PS, mais cela aurait permis de s'opposer localement à la droite. » La proposition a fait long feu, Jean-Claude Boulard ayant claqué la porte.
Quel objectif pour ces municipales ? « Avoir un élu... » Pour cela, il faut 10 % des voix, ou seulement 5 % si la liste Boulard passe dès le premier tour. L'hypothèse est de moins en moins probable avec cette nouvelle liste à gauche. LO n'est pas à une contradiction près.
Patrick ANGEVIN.
Ouest-France