Édition du samedi 19 janvier 2008
Michel Géraudie ou la foi dans le cross
Portrait. Président depuis quatre ans d'OSL, l'association organisatricedu cross Ouest-France, Michel Géraudie a succédé à Jean Jezequel.
L'homme est discret, le cheveu plus sel que poivre et il a une particularité, il court. Son cardio-fréquence mètre s'accélère un peu plus lors de la semaine précédant le cross. Il court. Dans tous les sens du terme. Il a couru et il court encore. Il a couru sous le maillot de l'équipe de France dans les années 1970 lorsqu'il fréquentait les réunions internationales d'athlétisme aux côtés de Guy Texereau, de Vilain et autre Buchet. Des noms que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître.Quand on lui évoque cette période, les souvenirs semblent défiler dans sa tête, ses chronos lui reviennent instantanément à l'esprit et il vous les récite sans l'ombre d'une hésitation. « 13'58'' sur 5000 m, 8'39'' sur 3000 m steeple, 8'sur 3000 m ». Il s'en souvient comme si c'était hier. Les années n'ont pas d'emprise sur cette kyrielle de chiffres. Ils sont sa vie. Et les souvenirs de défiler. « J'ai participé aux championnats d'Europe indoor en 1972 mais j'ai également été présélectionné olympique en 1968 et 1972. »Michel Géraudie raconte cela sans forfanterie. Juste parce qu'on lui pose la question. Il n'étale pas cela genre déballage de faits d'arme. Licencié tout d'abord au VS Fertois où il a découvert l'athlétisme sous la coupe de M. Guyard, « un type intelligent qui n'a pas usé mes qualités, qui ne m'a pas exploité pour réaliser des performances », il a pris ensuite le chemin des Cheminots du Mans alors que son père travaillait chez Renault. Mais là chut ! C'est un sujet sensible. Là encore les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître.Michel Géraudie a effectué toute sa carrière sous la férule de Jean Jezequel, le président emblématique du Cross Ouest-France, « pour qui je nourris une énorme amitié. » Le président des débuts et c'est tout naturellement qu'il lui a succédé à la présidence en 2004. « Je suis le départ dans l'organisation. On m'avait confié le montage du plateau de la course des As. J'avais dit oui, j'avais encore beaucoup de liens avec le milieu du cross. Depuis, je suis resté fidèle. J'ai même été trésorier. »Au fil des ans, il a vu le Cross Ouest-France grandir. A la présidence, il a essayé de transposer ses compétences professionnelles, celles d'un cadre de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie. « Un président doit savoir fédérer. J'ai essayé d'apporter mon professionnalisme. Aujourd'hui, pour avoir un cross d'un tel niveau, on ne peut pas gérer cela à l'emporte-pièce. Je me suis attaché à créer des commissions mais aussi une commission dite des procédures qui liste tous le processus de fonctionnement de nos commissions. C'est capital pour assurer une continuité. Qui plus est, nous sommes devenus un cross référent au niveau national et même européen. »Allier la masse à l'éliteLe cross Ouest-France, c'est une grosse machine avec 350 000 € de budget. Une épreuve sportive qui, si elle accorde 60 000 € de bourse pour les As, n'entend pas se dévoyer, ne pas perdre son identité qui allie « la masse à l'élite. Je préfère de loin voir venir des milliers d'anonymes courir. C'est d'ailleurs pour cela que nos partenaires actuels nous accompagnent. Nous ne sommes pas dans une philosophie de dépenses supérieurs au profit des As. On apprécie d'avoir des coureurs étrangers au départ car cela nous permet d'offrir des duels face à des athlètes français. L'intérêt est là, pas dans celui de voir que des coureurs étrangers aux avant-postes. On tient à conserver cette image. »Michel Géraudie se pose en gardien du temple. Il aime le cross. Cela s'entend, cela se traduit par son action au sein d'OSL. Il veut croire que cette discipline sportive exigeante n'est pas morte. « Elle existe et peut encore progresser. Le cross reste le meilleur moyen de parfaire sa condition physique. »Dimanche, il enfilera son cuissard et ses baskets pour aller courir les 2 km de la Boucle des Invités. Un petit galop d'entraînement avant des jours futurs plus calmes où là il pourra allonger la distance, tout en pensant à l'avenir du premier cross de France. Stéphane BOIS.
Ouest-France