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lundi 05 mai 2008

Renée Auduc, résistante, racontée par son fils

Jean-Jacques Auduc et le portrait de sa mère Renée : « C'était une très bonne maman... Nous avons été élevés dans l'amour et la rigueur de l'époque. C'était une femme de caractère. C'est ce qui l'a sauvée des camps. »  Jean-Jacques Auduc et le portrait de sa mère Renée : « C'était une très bonne maman... Nous avons été élevés dans l'amour et la rigueur de l'époque. C'était une femme de caractère. C'est ce qui l'a sauvée des camps. »

Jean-Jacques Auduc parle avec tendresse et émotion de sa maman, résistante et déportée. Un hommage sera rendu à Renée aujourd'hui.

« Ma mère est née le 16 novembre 1908, au Mans. Elle était d'une très vieille famille mancelle, les Angeard, qui avaient pour devise : « J'y tiens ! » Son père, Fernand Angeard, était un compagnon du tour de France. Il était spécialisé dans les escaliers. Il en a fait beaucoup dans le quartier Saint-Pavin où ils habitaient du côté de la rue du Chêne-vert. Un quartier où ma mère a toujours habité et auquel elle était très attachée.

Mes parents se sont mariés le 14 août 1930. Mon père, Alfred, était originaire de Cérans-Foulletourte. Son métier, c'était de construire des éoliennes. Il avait déposé un brevet. Et il rêvait de partir au Canada. Mais il a rencontré ma mère et il est resté. Maman a fait des études et obtenu son brevet du second degré puis son brevet de secrétariat et de comptabilité. Elle est devenue secrétaire de Monsieur Brière, le fondateur de la société des agriculteurs, rue Paul-Ligneul.

Je suis né en 1931 et mon frère, Michel, en 1939. Nous habitions rue du Tourniquet quand la guerre a éclaté. Devant l'avancée des Allemands, nous avons fait comme beaucoup de gens. Nous sommes partis. C'était l'exode. Il fallait passer la Loire. On disait que jamais les Allemands ne la franchiraient. Ça ne devait pas durer longtemps. Je me souviens de tout ce monde sur la route... C'était impensable ! Des voitures, des chevaux, des poussettes... Évidemment, les Allemands nous ont rattrapés. Et nous avons regagné notre maison du Mans. Mon père n'était pas avec nous. Il avait été mobilisé comme motocycliste au 6e génie d'Angers.

Et puis il est rentré. Encore sous le choc d'une scène effroyable à laquelle il avait assisté depuis une cachette, le 10 mai 1940. Il s'était évadé et se trouvait près de la frontière belge, quand des nazis sont arrivés dans un orphelinat où ils voulaient s'installer. Alors, ils ont fait descendre la centaine d'enfants, les soeurs, le jardinier... Ils ont sorti deux mitrailleuses. Et ils ont tiré. Papa nous a dit que ceux qui étaient capables de pareille ignominie n'étaient plus des êtres humains et que s'ils l'avaient fait là-bas, ils le referaient ici. Dès lors, il était décidé à entrer au plus vite dans un réseau de résistance. Mais ce n'était pas facile.

Faux papiers et messages codés

En 1943, un ami de mon père lui a fait connaître le réseau Hercule-Buckmaster. Il a été chargé de monter un groupe. Ce que nous avons fait, en famille. Il y avait mon père, ma mère, ma grand-mère, des oncles, des tantes et moi. J'avais 12 ans. Ma mère - « Francine » - est devenue chef de réseau en qualité d'agent des Forces françaises libres avec le grade de capitaine. C'était rare pour une femme. Ses activités étaient diverses. Elle fabriquait des faux papiers et était adjointe au radio car elle savait décoder les messages de l'Intelligence service britannique. Nous récupérions les armes et colis qui nous étaient envoyés et nous cachions à la maison les aviateurs alliés abattus ou des officiers parachutés. Notre groupe a fonctionné neuf mois. Jusqu'au 2 novembre 1943, jour de l'arrestation de mes parents. Je n'étais pas à la maison lorsque c'est arrivé. J'étais en train de livrer un message chez ma grand-mère, à Cérans-Foulletourte, où se trouvait le poste émetteur. C'était une de mes principales missions. Je devais récupérer les messages de la Résistance qui étaient glissés dans un radiateur de l'hôtel de la Calandre, place Gambetta, au Mans, et les emporter à Cérans, à bicyclette. Je revenais avec d'autres messages que je glissais dans le même radiateur...

Ce jour de novembre 1943, des voisins m'attendaient au bout de la rue et m'ont dit : « Ne vas pas chez toi. Tes parents ont été arrêtés et la gestapo t'attend ! ». Papa et maman ont été conduits rue des Fontaines (aujourd'hui rue des Victimes-du-Nazisme) au siège de la gestapo. Ils y ont été matraqués. Puis, ils ont été envoyés à Angers où ils sont passés devant un tribunal allemand et ont été condamnés à mort. Mais les Anglais ont fait pression menaçant de fusiller des agents allemands qui étaient entre leurs mains si la sentence était exécutée. Leur peine a été commuée en déportation à vie.

« Cobaye pour les médecins nazis »

Maman a été envoyée à Ravensbrück puis à Holleischen. Elle a servi de cobaye aux médecins nazis qui ont mené sur elle des expériences gynécologiques. 98 % des femmes qui passaient entre leurs mains finissaient au four crématoire. Ma mère a fait partie des 2 %. Ils l'ont ensuite envoyée en Silésie dans une usine de poudre à canons. Ce qui lui a brûlé les poumons. Quand elle a été libérée, elle était dans un état lamentable. Elle a été hospitalisée en Suède pendant quarante jours. Elle n'est revenue au Mans que fin mai 1945. Ça a été très dur pour nous. Nous étions si impatients de la revoir ! Mais elle ne voulait pas. Elle voulait attendre que ses cheveux aient repoussé, pouvoir s'habiller, se maquiller... Elle voulait retrouver un visage humain. Ça a été un moment très dur. Je pensais naïvement que mes parents allaient revenir comme ils étaient partis, ensemble, main dans la main, et que la vie allait reprendre comme avant. Ça n'a pas été ça du tout... Ils ne parlaient pas de ce qu'ils avaient vécu. Ils pensaient sûrement que nous n'aurions pas pu comprendre. Et nous n'avions plus rien. Notre maison de la rue du Tourniquet avait été saccagée par la gestapo. Ils avaient arraché les parquets, cassé les meubles à la hache, brisé nos photos de famille en mille morceaux. Nous n'avions plus d'argent. Plus de meubles. Pas d'aide de l'Etat. Nos voisins nous ont aidés. On nous a donné une table, des chaises... Il fallait repartir à zéro.

Mes parents ont fait partie des 46 survivants des 104 de leur groupe de combat. L'état de santé de maman n'était pas bon mais elle a quand même accepté de faire des voyages réguliers à Paris en tant qu'officier liquidateur du réseau. Les médecins lui ont conseillé d'avoir un nouvel enfant pour tenter de réparer les dégâts des expériences nazies. Ma soeur Marie-Josette est née le 4 novembre 1948. Mais la santé de Maman ne s'est pas arrangée. Elle est décédée cinq mois plus tard. »

Propos recueillis par

Olivier RENAULT.

• Renée Auduc a été déclarée Morte pour la France en avril 1949. Elle a été faite officier de la Légion d'honneur, médaillée de la Résistance, des Combattants volontaires, des Déportés, Medal of freedom USA. Une exposition lui est consacrée par la Ville du Mans, au foyer Renée Auduc, à l'occasion du 100e anniversaire de sa naissance. Elle sera inauguré cet après-midi à 15 h.

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