Édition du samedi 16 juin 2007
Sébastien Bourdais, étoile filante et première ligne
« J'aurais bien aimé qualifier la voiture, mais ce n'est pas un solo et je ne suis qu'un élément du dispositif. » Aucune amertume en Sébastien Bourdais, engagé sur la Peugeot n° 8, considérée comme la voiture de pointe de l'écurie, et parfaitement intégré dans sa stratégie. S'il avait signé le meilleur temps des « préliminaires », le Sarthois s'est résolu, lors des essais, de voir son camarade de baquet, Stéphane Sarrazin, arracher la pole. Pas grave. La satisfaction pour le collectif est bien vivante. C'est lui qui partira en première ligne alors qu'il pensait la grille de départ réservée à Pedro Lamy. Les spotlights seront tant pour lui que pour la belle auto fermée.« La F1 ou les États Unis »Sa trajectoire personnelle est tellement ascendante - limite météorique ces temps-ci - que la question d'une quelconque prééminence au sein de l'équipe française lui paraît presque incongrue. Car le Manceau de Saint Petersburg (Floride) a tout pour se laisser bercer par une vie désormais exclusivement conjuguée à des événements heureux. Trois victoires successives en ChampCar, des essais concluants en Formule 1 avec Toro Rosso et d'autres pistes envisageables, un chrono sur le circuit des 24 Heures le 3 juin dernier... Tout cela, ajouté à un environnement privé joyeux avec une petite Emma récemment débarquée dans la famille : professionnellement comme personnellement, tout baigne.« Je ne suis pas sur un petit nuage, relativise pourtant ce jeune homme pressé de 28 ans. Mais je ne sous-estime pas la chance dont je bénéficie de pouvoir entrer dans un programme constructeur de « proto » pour Le Mans et seulement Le Mans, d'y prendre des responsabilités ; d'être en tête du championnat de ChampCar et d'y gagner des courses depuis quatre ans (champion 2004, 2005, 2006, NDLR) ; d'avoir l'opportunité de faire des piges en F1 de temps en temps... Je suis probablement au moment de ma carrière le plus faste et le plus enrichissant. Si j'arrive en F1, instantanément tout le reste s'arrêtera, et si c'est autre chose, il y a de fortes probabilités pour qu'elle me bloque aux États-Unis. » Bourdais goûte ce qui lui arrive, cette « chance énorme, ce privilège ». Apprécie la reconnaissance liée à son intelligence de la piste, sanctionnée en karting dès 1996 par un succès aux 24 Heures du Mans. Si, dans un avenir proche, la F1 lui ouvre les bras mais lui ferme les autres portes, une boucle est peut-être déjà en train de se refermer sur ce circuit, où le Lion attend beaucoup de cet enfant du pays.Olivier CLERC.
Ouest-France