Édition du lundi 18 juin 2007
Sébastien Bourdais, premier podium dans son jardin
Sébastien, que se passe-t-il dans votre voiture, quand vous vous arrêtez sous safety car à trois quarts d'heure du but ?Il n'y a plus de pression d'huile et, en plus, à rouler au ralenti avec la pluie et la fraîcheur de l'air, la température était arrivée à quasiment 40 degrés. Il fallait donc essayer de faire en sorte que le moteur ne soit pas chargé et que la température remonte. Ça tombait bien, le timing était à peu près correct car je ne pense pas que le moteur aurait tenu un tour de plus. Je ne sais pas ce qu'il y avait au bout, mais sans pression d'huile, si on insistait, forcément on allait le prendre dans la tête. Tout ce qui comptait, c'était d'amener la voiture au bout. Alors on est repartis au dernier moment, une fois qu'on pensait que le safety car allait s'effacer. Mais après, les hallebardes ont continué à tomber. On aurait pu rester plus longtemps au stand, d'autant que ce n'était plus du pilotage.Quel sentiment vous anime, au moment où vous franchissez la ligne ?J'étais super-content. Pour moi, enfant du pays, forcément ce premier podium est une grosse satisfaction. Et surtout pour les gars, car la masse de travail est énorme, sans doute pas bien mesurée. Bien sûr, les débuts ont été exemplaires pour une feuille blanche, mais on a connu tellement de problèmes... Une liste de petits trucs à n'en plus finir. Alors quand, en janvier, on nous a dit « on va faire Le Mans et on aimerait bien faire un truc sympa », c'était irréel. Arriver là, sans avoir réussi la moindre simulation sur 24 heures, prouve la capacité de réaction de toute l'équipe. Je crois que la première victoire, à Monza, a donné un gros coup de boost. Tout le monde a compris qu'avec un petit coup de rein sur la ligne pour Le Mans, si les étoiles s'alignaient comme il le fallait, ça pouvait sourire.Justement, ça a souri. Comment avez-vous perçu l'accueil qui vous a été réservé, sur le podium ?C'est sûr, ça reste tout particulier. Parce que toute ma famille est là, parce que c'est grand, parce que c'est dur, parce qu'on est fatigué et qu'au bout du compte, les émotions prennent souvent le dessus. Mais c'est un succès de groupe. Cette deuxième place a été arrachée par des efforts communs, et surtout par l'équipe. Nous sommes là pour passer de la feuille blanche et des heures de travail, à la réalité. C'est notre boulot, on a la chance de prendre énormément de plaisir à le faire et, en plus, c'est nous qui sommes mis en avant. Mais la réalité, c'est qu'il s'agit de course automobile. Pas une course rien que pour les pilotes.Recueilli par O. C.
Ouest-France