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Le chasseur lâche une salve de plombs sur un cerf. Pichet en terre blanche, glaçure jaune, vers 1887. Aujourd'hui, c'est le tour de l'autre gloire du pays, Louis-Léopold Thuilant, d'être remis en lumière. Admiré bien au-delà du département, conservé dans les plus prestigieux musées français, le « potier de Prévelles », reste pourtant une figure énigmatique.
« On sait assez peu de chose de lui, reconnaît Carole Hirardot, responsable du musée de la Reine-Bérengère. Il est né à Prévelles en 1862 où il a travaillé dans l'atelier de son père, lui-même potier. Il a fait son apprentissage, là-bas, aux Maraisières. C'était un personnage instable, alcoolique et de constitution fragile. Il s'est marié et a eu une fille. Mais sa femme l'a quitté. Professionnellement aussi, c'était difficile. Fin XIXe, c'est le grand déclin. Tous les potiers mettent la clé sous la porte. Thuilant va devoir vendre la ferme familiale. » Usé, abîmé, Louis-Léopold Thuilant se pend, en 1916, dans son atelier des Maraisières.
Potier malheureux, Thuilant va pourtant composer une oeuvre pleine de fantaisie et d'humour dont la beauté un brin naïve éclate, aujourd'hui, en une cinquantaine de pièces (1) au musée de la Reine Bérengère.
Une expo, un catalogue
On distingue deux grandes périodes de production chez Thuilant, entre lesquelles on ignore ce qu'il a fait. La « période jaune » concerne les années 1886-1888. La « verte » s'étend de 1892 à 1896.
Si ses glaçures sont remarquables, c'est dans le détail - foisonnant - dont il agrémente ses pièces, que Thuilant fait la différence. Sur la panse de ses pichets à têtes de poule, de cheval ou de chien, le potier de Prévelles a modelé, avec une grande tendresse, tout le petit monde qui l'entourait : le facteur, le boucher, le boulanger, le bouilleur de cru... « Chez Thuilant, il n'y a que de l'amour », s'était d'ailleurs émerveillé le photographe Robert Doisneau en découvrant ses oeuvres, dans les années 70.
L'exposition est accompagnée d'un très beau catalogue de 36 pages, publié par la Société des Amis des musées du Mans et dans lequel on retrouve l'histoire de l'artiste, la richesse de ses compositions et le détail des oeuvres exposées.
Olivier RENAULT.
(1) Les oeuvres exposées proviennent des collections du musée, de différents prêteurs privés, du musée national des arts et traditions populaires et du Musée du potier à Prévelles.
Musée de la Reine Bérengère, Grande-Rue. Jusqu'au 11 novembre. Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 12 h 30 et de 14 h à 18 h 30. Entrée : 2,80 € du mardi au samedi. 1,40 € le dimanche et les jours fériés. Gratuit pour les moins de 18 ans.