Baby-sitting









C’est un courrier d’Interpol qui a alerté les services de police français. La victime, une fillette de 11 ans, est Canadienne. Le prévenu, Julien (1), est un Manceau de 28 ans. Infographiste. Visage rond, lunettes fines, crâne dégarni et barbiche discrète au menton. Il comparaissait vendredi devant le tribunal correctionnel du Mans.
La rencontre virtuelle a eu lieu sur un site de jeux « avec un chat (un forum de conversation) en direct » précise le jeune homme, habitué aux ordinateurs. Mais elle se poursuit, par voie écrite, sur un autre site. Lui, a un peu bu. Il branche la caméra. Commence à se masturber. « À ce moment-là je ne savais pas qu’elle était mineure, invoque-t-il pour commencer. Puis je me suis retrouvé nez à nez avec une gamine. Je ne savais plus où me mettre. »
Mais la conversation a été enregistrée. La présidente d’Ardhaillon relit les échanges à haute voix. Les compliments. Les instructions données par le jeune homme à son interlocutrice pour effacer les traces. Les deux caméras étaient bien branchées dès le début. Le visage de la victime trahissait son jeune âge. « Pourquoi vous ne m’avez pas dit la vérité ? » s’interroge la présidente. « Parce que j’ai très honte, lâche le prévenu à voix basse. Je ne sais pas comment parler de ça, même pas à un psy, parce que ce n’est pas moi. » Il avoue, un peu plus tard, que ce n’était pas la première fois qu’il « dialoguait » avec des femmes via internet.
La procureure s’affole des « vecteurs d’infraction » que sont devenus « les moyens modernes de communication » et demande dix mois d’emprisonnement avec sursis. Le tribunal a suivi sa réquisition. Et Julien sera inscrit au fichier des délinquants sexuels.
Estelle JOLIVET.
(1) Le prénom a été modifié.