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Baby-sitting



D'un côté de la barre de la cour d'assises de la Sarthe (lire O.-F. d'hier), il y a donc sa cliente. Mariée à plusieurs reprises ; battue à chaque fois. Mère célibataire de 3 enfants, en proie à des dépressions à répétition et régulièrement admise à l'hôpital psychiatrique, Nathalie est « angoissée et a tendance à la soumission. Ce qui la pousse à tolérer des choses inacceptables », pointe l'expert-psychologue qui a rencontré cette petite brune coiffée d'un chignon et portant des lunettes à la fine monture rouge. Elle est tellement en « souffrance personnelle qu'elle s'investit pour les autres car cela permet de changer l'image qu'elle a d'elle. » Aider autrui, « c'est s'aider soi-même », assure-t-il avant d'ajouter qu'elle est « en grande dépendance affective. Il lui faut une présence. Un soutien. Elle ne peut pas rester seule. »
« Nerveux, bizarre, violent »
Le 18 juin 2005, Nathalie aurait pourtant dû passer son chemin plutôt que d'entamer une discussion avec Davide Loureiro dans les couloirs de l'hôpital de La Flèche. Il se confie. Lui raconte qu'il a du mal à voir ses enfants à cause de son ex-compagne. Qu'il est sans toit. Cette solitude et ce désir d'aider les gens qui la submerge va conduire Nathalie sur son chemin de croix.
Trafic de stupéfiants, vol, violence : avec 7 mentions au casier judiciaire, Davide Loureiro n'est pas un enfant de choeur. Pendant deux jours, ce Fléchois a comparu devant les assises, accusé d'avoir violé, sévèrement battu (la victime restera 10 jours à l'hôpital) et extorqué 280 € à Nathalie. Les faits se seraient d'abord produits à Nogent-le-Rotrou, au domicile de Nathalie. Puis sur l'autoroute A 11, sur le chemin du retour d'une rave-party en Bretagne où David Loureiro avait embarqué la quadragénaire rencontrée une semaine plus tôt.
Les témoins qui ont défilé devant la cour d'assises ont brossé un portrait peu élogieux de Davide Loureiro : « Nerveux, bizarre, violent. Manipulateur. » Son surnom de « fuyard du Sud-Sarthe », il le doit à des rodéos en voitures où il a forcé des barrages de gendarmes.
Dépressif, gros consommateur de haschich, il perçoit une allocation pour personne handicapée à cause de problèmes psychologiques. Répondant souvent sèchement aux questions, manifestant ostensiblement ses humeurs, il est décrit par l'expert-psychologue comme « ne maîtrisant pas ses affects », vivant sur le « mode transgressif », en « permanente instabilité » et qualifié de « dangereux pour autrui ». Contre celui qu'elle qualifie de « psychopathe intolérant aux frustrations », pour cette société « qu'il faut protéger », l'avocate générale Joly a requis le maximum : 20 ans de réclusion.
Une peine que Me Beaufils a qualifiée « de démesurée et d'élimination sociale. » Soutenant son client qui a toujours contesté les viols depuis le début de l'affaire, l'avocate a plaidé pendant près de deux heures. Pointant « des doutes sérieux » dans le dossier d'instruction ; comme ce viol qui aurait été commis un dimanche après-midi sur une aire d'autoroute bondée.
« Un couple de paumés »
« Il est violent ? Est-il automatiquement violeur ? », s'interroge-t-elle, estimant que David Loureiro et Nathalie forment surtout « un couple de paumés. » Nathalie confirme qu'elle a été sous l'emprise de l'accusé dès leur rencontre Qu'il l'a forcée à lui prêter sa voiture, à fumer de la drogue, à interrompre son traitement médical. « Alors pourquoi va-t-elle le chercher au Lude en milieu de semaine alors qu'il est parti et qu'il lui suffit d'éteindre son téléphone portable ? », s'agace Me Beaufils qui plaide la relaxe de son client pour les trois viols qu'on lui reproche. Est-ce la solitude qui a aveuglé Nathalie et l'a empêché de réagir aux signaux d'alerte ? Peut-être. Au terme d'un délibéré de 3 h 15, David Loureiro a été acquitté pour le viol dont il était accusé à Nogent-le-Rotrou mais reconnu coupable pour le reste. Il a été condamné, hier à 23 h 30, à 14 ans de réclusion criminelle.
Igor BONNET.
Co-accusé de Davide Loureiro, René Delorme, 24 ans, comparaissait devant la cour d'assise uniquement pour extorsion sur personne vulnérable. L'avocate générale réclamait 3 ans de prison contre lui pour avoir aidé Davide Loureiro à soutirer 160 € à Nathalie, la victime. Il a été condamné à un an de prison dont 8 mois avec sursis.