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Cagnotte de la tombola volée : les gendarmes déboulent en classe10 |
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Photo d'illustration
Fouille des cartables et des casiers, poches des enfants palpées, menaces de relever les empreintes digitales. L'enquête à l'école pour 260 € suscite l'émoi à Saint-Jean-d'Assé.
Relever les empreintes digitales d'enfants de 10-11 ans. La menace, lancée par un gendarme et relayée par la directrice de l'école publique, a semé l'émoi à Saint-Jean-d'Assé, commune d'un millier d'habitants, à une quinzaine de kilomètres au nord du Mans. À l'origine, le vol de la cagnotte de la tombola : 260 € en liquide, nichés dans le bureau de la directrice.
Vendredi 7 mai, en milieu de matinée, l'enseignante s'aperçoit du vol de la cagnotte. Et de son porte-monnaie. Coup de fil aux gendarmes. Qui débarquent aussitôt. Et invitent les enseignants à s'assurer que l'argent n'est pas déjà parti : examen des cartables, des casiers, palpation des poches des enfants, en présence des gendarmes. « La directrice a palpé les poches des filles et un collègue masculin celle des garçons », indique le colonel Jullien, patron des gendarmes sarthois. Dont les collègues récupèrent la boîte en plastique rigide où se trouvaient les billets. Et l'envoient au labo pour analyser les empreintes digitales.
Le lundi, un gendarme revient dans la classe. Il fait la leçon, en évoquant la série TV Les Experts sur le mode : « On a retrouvé des empreintes, si personne ne se dénonce, on prendra vos empreintes pour comparer. » La tournure des événements fait réagir les parents. Et incite la directrice à glisser un courrier d'explication dans le carnet de liaison. En confirmant la menace de prise d'empreintes ? « L'inspection d'académie et la gendarmerie m'ont dit que je ne devais pas parler à la presse sans leur autorisation », répondait hier soir Marie Carmona, directrice de l'école, qui ne souhaitait pas répondre à nos questions. Mais a dû organiser une réunion en urgence, hier soir, avec gendarmes et parents d'élèves, pour « dédramatiser ».
« Des enfants pleuraient »
Motif ? Hier matin, estimant que « l'école n'est pas le lieu adapté pour prendre des empreintes », Jean-Michel Bourdin, dont le fils se trouve dans la classe de CM2 suspecte, sonne l'alerte : « Des enfants pleuraient pendant la palpation. Dans le carnet de liaison, le courrier annonçait une prise d'empreintes. Sans dire quand. » Avec cette précision : « Vous serez invités à une réunion pour en savoir plus. »
« Ce parent d'élève assimile cette action à un chantage. Mais les empreintes, ça ne fait pas mal. Et si ça ne correspond pas, elles sont détruites, il n'y a aucun fichage, aucun enregistrement », estime Emmanuel Roy, inspecteur d'académie, pour qui « on est aussi dans de l'éducation civique. Les gendarmes font leur enquête, les enfants peuvent comprendre que la société ne laisse pas un vol impuni et recherche le coupable. »
Des doigts d'adulte
Hier soir, nouvel épisode. Le résultat de l'analyse de la boîte ne révèle aucune trace d'empreinte digitale d'enfant. Mais une trace de doigt d'adulte. Les enseignants, qui ont tous accepté de donner leurs empreintes, sont hors de cause. « Et on ne prélèvera pas les empreintes des enfants », précise le colonel Jullien, qui reconnaît « une certaine maladresse » de la gendarmerie. Et envisage d'envoyer la brigade de prévention de la délinquance juvénile dans la classe. « Pour bien expliquer ce qui s'est passé. »
Mise à jour (19/05 - 11:50) : La cagnotte a été retrouvée