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Dans le rétro des 24 Heures, des séries noires et musclées... |
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Boulevard de la Gare, fin des années 80, un motard anonyme fait son show, selon la tradition du moment. Il réalise un burn avec du carburant enflammé au niveau de la roue arrière de sa moto. © Archives Ouest-France - Philippe Blondel.
Les 24 Heures moto ont connu des éditions un peu moins sages que ces quatre dernières années. Retour sur de sinistres crus dont celui de 1992.
L'alcool comme carburant, à l'époque où la place de la République était ouverte à la circulation, des motards faisaient le tour de la place, à vive allure et en sens inverse, pendant que leurs copains tournaient dans le bon sens. C'était dans les années 80, début 90. Des spectacles explosifs au parfum de pneus brûlés animaient chaque année le centre-ville. « Et surtout la gare où le toit des abri de bus cassait sous le poids des nombreux spectateurs qui attendaient les 24 Heures moto avec impatience, pour assister aux traditionnels shows », se souvient un nostalgique de cette fête motarde. En ville.
Des motards entièrement nus et debout sur leur monture, faisaient des roues-arrière, à des vitesses hallucinantes, entre deux étroites rangées de spectateurs venus en famille. « En 1988, le hall de la gare a même été envahi par une horde de motards venus faire chauffer leurs pneus à côté des guichets », se souvient un photographe qui n'a pas oublié l'épisode de son appareil-photo arraché par des motards. Des runs (courses entre plusieurs motos) étaient organisés, à l'improviste, dans le bas de l'avenue du Général-Leclerc. Le but du jeu pour ces pilotes du samedi soir ? Arriver le premier au niveau de l'église Saint-Joseph, au croisement de la rue Gastelier.
Ces shows se sont ensuite déplacés vers Pontlieue, au début des années 90. L'hypermarché Carrefour a été le théâtre d'une entrée fracassante dans le magasin de blousons noirs avec leur moto. Pour faire le plein de bière. Et puis ce sera le terrible accident du samedi 25 avril 1992. Celui qui va tout faire basculer.
Neuf motards et un bébé morts
Il est minuit, ce samedi-là, sur l'autopont de l'avenue Geneslay à Pontlieue. Deux grosses cylindrées, lancées à vive allure, partent des deux extrémités de l'autopont. Au sommet, c'est la collision. Le compteur de l'une des motos restera bloqué à 185 km/h. Pilotes et passagers sont éjectés des deux motos. Quatre personnes au total, seront retrouvées mortes, en différents endroits de la chaussée.
Cette année-là, l'édition déplorera neuf morts parmi les motards. Plus cinquante blessés. Et un bébé né pendant la course sera retrouvé décédé, sur le circuit, au milieu de détritus. « Des parents de motards de toute la France appelaient à la Préfecture pour savoir si leurs enfants faisaient partie des victimes », se souvient un journaliste.
La question se pose alors. Après un tel bilan meurtrier, doit-on supprimer cette course née en 1978, sur les cendres du Bol d'or ? « On ne casse pas le thermomètre sous prétexte que quelqu'un a la fièvre », avait répondu Georges Sarre, secrétaire d'état aux Transports qui s'était déplacé de Paris dès le lendemain du drame. Et Robert Jarry, le maire du Mans de l'époque, d'ajouter : « Si elle avait lieu ailleurs, on ne ferait que déplacer le problème ».
Résultat des courses. Le Mans a gardé son épreuve. Mais depuis, les motards restent « parqués » dans l'enceinte du circuit, où des concerts et des runs sont organisés depuis. « L'idée est qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent mais à l'intérieur », entend-on dans les services de la Préfecture qui ont pris des mesures draconiennes depuis 1992. Parmi elle, la fermeture de l'autopont et l'interdiction de vente de bières dans les commerces, dans un rayon de 15 km autour du Mans.
Thierry SOUFFLARD.