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Dix jours sans télé : l'enfant tient, pas le parent... |
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Jérôme Gaillard, directeur de l'école Saint-Martin, au Mans, et une partie des écoliers « privés » de télé.
Retour sur l'expérience menée par les élèves de l'école Saint-Martin, au Mans, et leurs professeurs : ne pas regarder un écran de télé, d'ordinateur ou de console de jeux pendant dix jours !
Que faire pour aider Illiès à ne pas regarder la télé que sa famille allume, le midi, à la maison ? Dans la classe de CM1-CM2, une forêt de doigts se lèvent. Les réponses fusent. Parfois à côté de la plaque : « Il faut qu'il mange dans sa chambre... » Souvent pertinente : « Il faut qu'il mange vite et qu'il aille dehors, direct, jouer au foot ! » Et même poético-taquine : « Il faut que tu regardes par la fenêtre en te disant que c'est un documentaire sur le ciel... »
Du 26 mai au 3 juin, les 165 élèves de l'école Saint-Martin, au Mans, et les dix instituteurs se sont embarqués dans un drôle de truc : ne pas regarder un écran de télé, d'ordinateur ou de console de jeux pendant dix jours ! À l'école, bien sûr, mais aussi à la maison, mercredis et week-end compris !
Résultat ? « Très positif, pour Jérôme Gaillard, le directeur de l'école. Seuls quelques élèves n'ont pas changé leurs habitudes. » Le pari n'était pas gagné d'avance quand on sait que, d'habitude, 80 % des enfants de l'école regardent la télé le matin avant d'aller en classe. « Mais, à cet âge, la notion de défi marche très bien. Les enfants se sont motivés entre eux pour que leur classe marque le maximum de points. »
Ateliers de broderie
Chaque matinée d'école a démarré par un pointage. Matin, midi, après-midi, dîner, soirée... À chacune des cinq périodes de la journée, on marquait un point si aucun écran n'avait été allumé. Il y a sûrement eu un peu de triche, mais à la marge.
Le secret de la réussite ? Les multiples activités proposées aux élèves et à leur famille pour meubler les fins de journée, et surtout les deux mercredis et le week-end du défi. L'école est restée ouverte le soir. Des instituteurs à la retraite ont animé des ateliers de broderie, de cuisine ou encore des jeux de société. Le dimanche, c'était pique-nique dans un parc de la ville, suivi d'une chasse aux trésors.
Finalement, les plus difficiles à motiver ont été... les parents. Convaincus de l'utilité du défi pour leurs enfants, mais pas franchement emballés à l'idée d'y participer personnellement. « C'est un petit échec », reconnaît Jérôme Gaillard. Du coup, dans de nombreuses familles, la réflexion qui aurait pu être engagée sur la place de la télévision, loisir prédominant dans ce quartier populaire, n'a pas eu lieu.
Pourtant, quand télévision et consoles de jeux sont descendues à la cave, comme chez une des institutrices de l'école, maman de trois enfants, les choses bougent : « Le matin, c'est devenu vraiment plus calme. Je pense que la télévision ne va pas remonter tout de suite de la cave. Et puis, il va falloir qu'on rediscute tous ensemble de son utilisation. »