Ils ont retapé la maison de Marie-France
Samedi après-midi, on fait la photo de fin de chantier. Marie-France est au premier plan (4e en partant de la droite).
En quatre jours et demi, artisans et bénévoles ont mené ce bel élan de solidarité. Un prodige rendu possible par ses proches et... à la télé.
Il y a longtemps que Marie-France ne croit plus au Père Noël. Et pourtant, ce qu'elle vient de vivre ces derniers jours a quelque chose d'assez incroyable... Cette veuve de 51 ans, maman de deux filles, a acheté il y a bientôt deux ans une vieille maison au coeur de Thorigné-sur-Dué. Marie-France travaille au foyer occupationnel voisin.
Inoccupée depuis 15 ans, la maison est inhabitable en l'état. Mais des proches se sont proposés pour la retaper. Marie-France et sa plus jeune fille, Hélène s'installent donc au 1er étage, dans une seule pièce qui sert à la fois de cuisine et de chambre. Il n'y a pas d'escalier intérieur. L'eau chaude n'y coule que depuis cet été et elles ont aménagé leur chambre dans une deuxième pièce. Car « les aléas de la vie » ont fait que jamais les travaux prévus n'ont pu être réalisés.
Il faut trouver des bras
C'est Lydie, une nièce de Marie-France qui a déclenché, à son insu, la machine. Elle a vu l'émission quotidienne de Julien Courbet, Service maximum sur France 2 et le dernier quart d'heure, intitulé « Tous pour un ». Son principe : former une chaîne de solidarité pour aider quelqu'un à sortir de l'impasse. Lydie adresse un mail à la chaîne. Nous sommes le lundi 17 novembre. Dans la journée, une réponse : « Votre cas nous intéresse, envoyez-nous une photo de la maison ». Le jeudi, un technicien de la télé débarque. Entre-temps, on bat le rappel : amis, famille, collègues de travail... Il faut des bras. France 2 s'occupe, elle, de convaincre des artisans de venir bénévolement sur le chantier. Et les marchands de matériaux de faire des dons.
Mercredi 26, les caméras débarquent. Le matin, elles filment la maison en l'état. Dans l'après-midi, celle-ci doit être vidée, les travaux commencent. La salle des fêtes de Thorigné leur ayant été refusée, les bénévoles, Monique, la soeur aînée en tête, investissent la cour voisine gentiment mise à disposition par les propriétaires. Qui finissent d'ailleurs par ouvrir grand les portes de leur garage. C'est le camp de base. Là, que Monique prépare le pot-au-feu ou le boeuf bourguignon. Des commerçants locaux ont aussi fait des dons : poulets, croissants...
« Marie-France ne se plaint jamais ! »
C'est qu'il faut en remplir des ventres ! Chaque jour, il y a une trentaine de personnes sur le chantier qui démarre dès 8 h. Les bénévoles se mettent au service du plombier, du menuisier, de l'électricien, du plaquiste... Des collègues de travail de Marie-France sont émus : « On n'imaginait pas qu'elle vivait dans de telles conditions. Elle ne se plaint jamais ! Et elle donne beaucoup aux autres »
Au départ, il n'était question que d'aménager l'étage. Finalement, le rez-de-chaussée l'est aussi. « On a du monde, on en profite ! » A un moment, il y a même eu trop de bras. Qu'importe : ils ont posé une clôture dans le jardin, taillé un grand arbre. « Si j'avais eu 40 personnes de plus, on lui refaisait son crépi extérieur ! » rigole Marc Emmanuel.
Les pompiers aussi
Ce comédien reconverti en animateur de télé-chef de chantier est omniprésent. C'est lui qui, casquette rouge vissée sur le crâne, va négocier dans les magasins, quitte à les faire rouvrir après la fermeture ! Lui, qui harangue les troupes, distribue les rôles. Mais qui sait aussi donner un coup de main pour porter la cabine de douche... Il joue aussi les recruteurs.
Samedi matin, le défilé des pompiers passe devant la maison. Ni une, ni deux, Marc-Emmanuel va leur demander leur aide. Ça tombe mal. Les soldats du feu doivent organiser leur soirée de Sainte-Barbe. Mais à 14 h, ils sont neuf à débarquer. Leur mission : déblayage et ponçage du plafond. « On est des pompiers, on doit aider les gens ! » rigole Nicolas.
Fan de l'émission, Jean-Marie, qui bosse chez un marchand de matériaux est aux anges : « J'avais toujours dit à sa femme, s'il vient dans la région, j'irais l'aider ». Quand il a vu Marc-Emmanuel dans « son » magasin, il n'a pas hésité. Le voilà qui pose du parquet flottant avec Vincent. Durant ces quatre jours, de belles rencontres se sont produites. Et Marie-France et sa fille dorment maintenant dans une vraie maison.
Laurence PICOLO.
Ouest-France