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Le Sarthois a poignardé « la femme de sa vie »... |
Au deuxième jour de son procès en appel, Djamel Haddou a témoigné de l'amour fou qu'il portait à sa compagne. Puis, tout s'est emmêlé dans sa tête.
A l'ouverture de l'audience, hier matin, Me Patricia Fratani, avocate de la victime, interroge Djamel Haddou, 44 ans : « Pour vous, Élisabeth, c'était qui ? » La réponse est immédiate : « C'était une perle. Une femme formidable, serviable, aimante. Elle voulait que je m'en sorte. »
Silence dans la salle. Tout le monde pense à cette jeune femme de 31ans, mère de deux enfants. Elle a été tuée de neuf coups de couteau dont huit dans le dos, le 26 janvier 2006, dans le quartier des Sablons au Mans. Peu de temps après, une employée municipale en charge des familles difficiles précise : « Élisabeth Debeury protégeait Djamel. Elle venait à son secours et lui pardonnait facilement ses écarts. » Des écarts qu'elle encaissait depuis des années : coups répétés, instabilité permanente en raison d'une addiction aux stupéfiants et à l'alcool. Et l'employée mancelle d'ajouter : « Élisabeth avait le rôle d'une mère, d'une compagne affectueuse et d'une infirmière ! »
Ensuite, tout au long de cette deuxième journée, lorsqu'il a fallu aborder les faits, Djamel Haddou est devenu confus, approximatif. Beaucoup moins loquace. Le président de la cour d'assises, Roger Ribault et l'avocate générale, Frédérique Piteux ont, à maintes reprises, tenté de le pousser dans ses retranchements. En vain. Djamel Haddou répondant systématiquement : « Oui. Sûrement. Peut-être ! » Et invoquant « le trou noir » lorsqu'il a été interrogé sur son passage à l'acte.
Elle en avait peur
Un mystère demeure. Pourquoi, ce jeudi 26 janvier 2006, Elisabeth Debeury, qui était complètement terrorisée après une tentative d'étranglement six jours auparavant, lui a ouvert sa porte. « Elle m'avait téléphoné pour qu'on aille faire des courses ensemble, soutient-il. Elle m'a laissé entrer sans aucune difficulté. » A la barre, une voisine, confidente d'Élisabeth, en doute. « Je l'ai vu dans l'immeuble, le matin même. Pour moi, il la guettait pour rentrer par surprise. »
Autre élément non élucidé. Djamel Haddou maintient que la jeune femme lui a demandé de la rejoindre dans sa chambre parce qu'elle était fatiguée. Mais, tous les proches de la victime soutiennent qu'Élisabeth avait très peur de lui : « Elle ne voulait plus le voir sans la présence d'un tiers. Elle avait décidé de le quitter, une bonne fois pour toutes ! »
Une fois dans l'appartement, Djamel Haddou se rend dans la cuisine « pour faire un café », selon ses dires. Il en ressort avec un couteau à viande, de grande taille, caché dans son pantalon. Après avoir porté neuf coups à Élisabeth Debeury, il change son pantalon tâché de sang, referme l'appartement, met les clefs dans la boîte à lettres de la voisine. Au téléphone, il dit alors à la tante de la victime : « J'ai tué Elisabeth, la femme de ma vie ! »
Plaidoiries, réquisitoire et verdict, ce jeudi. Au Mans, le 18 janvier dernier, Djamel Haddou avait été condamné à 30 ans de réclusion criminelle.
Yves LAUNAY.