|
Le jour où « Mai 68 » a démarré au Mans... |
1
La première grande manifestation au Mans, réunissant « ouvriers, employés, paysans, étudiants » dans un « front uni » rassemble 10 000 personnes le 8 mai 1968. © Archives Ouest-France.
Les « événements » ? Au Mans, ils ont débuté le 8 mai 1968. Retour sur ce jour pas comme les autres, 40 ans après, vu depuis nos archives.
Et après ? Le 2 mai, le doyen de Nanterre décide de fermer la faculté. C'est « l'aboutissement de toute une série d'incidents qui se sont succédé durant toute l'année scolaire », commente Ouest-France le 3. Ce même jour, puisque leur fac est fermée, « les progressistes de Nanterre » rallient la Sorbonne, déjà en pleine ébullition. Résultat : « Violentes bagarres à Paris entre étudiants et service de l'ordre. Plusieurs blessés, de nombreuses arrestations » (Ouest-France du samedi 4 mai). « Mai 68 » commence.
Et pendant ce temps-là, en Sarthe ? Le Mans accueille l'assemblée générale de la fédération départementale des chasseurs. Les jours suivants, à des années lumières des « manifestations du quartier latin », les étudiants sarthois profitent sagement du printemps.
10 000 manifestants au Mans
Pourquoi ? Au Mans, 1 200 des 2 000 étudiants de l'époque sont membres de l'Association générale des étudiants du Mans (Agem), « la seule association étudiante française indépendante de toute organisation syndicale ». Une structure maison qui organise son premier « meeting » le 8 mai (lire ci-contre). Date choisie par les unions départementales CGT et CFDT de Bretagne et des Pays de Loire pour une série de manifestations.
Ce jour-là, près de 100 000 manifestants défilent dans les villes de l'Ouest. Dont 10 000 au Mans, où quatre cortèges, partis de Pontlieue, Chasse-Royale, boulevard Demorieux et avenue Bollée, se rejoignent à la gare pour rallier la préfecture vers 17 h. Ouvriers, paysans et étudiants défilent dans le calme, au cri de « Nous irons jusqu'au bout ».
Le drapeau américain brûlé devant la préfecture
Une motion unitaire revendiquant « l'emploi, la sécurité sociale et la liberté syndicale » est adressée au préfet. Seul « incident » de la journée : après « dislocation du meeting », « un groupe de jeunes, d'anarchistes, de trotskistes, d'étudiants [dresse] devant les grilles de la préfecture un drapeau rouge puis un drapeau du Nord-Vietnam, avant d'entonner en choeur l'Internationale ». Et finit par mettre le feu à un drapeau américain déployé sur la place à l'occasion des cérémonies du 8 mai.
C'est bon enfant, mais c'est en suivant le même scénario qu'un « groupe d'agitateurs » (300 à 400 manifestants « durs ») crée « un climat d'émeute autour de la préfecture » au soir du 13 mai 1968, après un défilé de 25 000 personnes. Ce fut, en Sarthe, la journée « la plus chaude » de ce joli mois de mai 1968. Promis, on vous la racontera en détail dans notre édition du mardi 13 mai 2008.
Stéphane VERNAY.