|
Le sous-préfet qui a choisi l'enfer du front1 |
1
Fernand Roimarmier aurait pu passer la guerre dans un bureau. Il a choisi de s'engager dans la tourmente et sera engagé dans de nombreuses batailles. © Coll. privée
Engagé volontaire, blessé trois fois, le prytanéen Fernand Roimarmier a terminé la Grande Guerre sous-préfet de Verdun. De ces années armées, il a laissé des écrits de première importance.
Les liasses de papier jauni sont soigneusement rangées dans des chemises cartonnées. La guerre de Fernand Roimarmier est là, entre les mains de son petit-fils fléchois, Jean-Jacques Le Fort. « Il nous parlait souvent d'honneur, de patriotisme, de nation. Mais pas tellement des combats. » Les horreurs de la guerre, le sang qui coule, les camarades fauchés, le lieutenant de liaison Roimarmier affecté au 1er Tirailleurs, les a gardés pour ses écrits. Des pages, manuscrites ou dactylographiées, qui constituent aujourd'hui des documents de première importance.
La famille Roimarmier est originaire d'Alsace. Son histoire se lie à celle de la Sarthe lorsque le père de Fernand vient s'installer à la Flèche, alors « ville de retraite pour les militaires ». Il en devient même le maire. Né en 1872, Fernand suit des études poussées, au Prytanée de la Flèche. Il fait son droit pendant ses trois années de service militaire. Lorsque la guerre éclate, en 1914, il est déjà sous-préfet de Domfront. « Malgré son poste qui ne l'obligeait pas à entrer en guerre, il a décidé de s'engager », appuie Jean-Jacques Le Fort.
Exécutés pour avoir reculé devant l'ennemi
Les balles qui sifflent, les monceaux de cadavres dont « les vers sortent des yeux, de la bouche, des narines », les paysages de « chaos lunaire »... Dans ses mémoires, Fernand Roimarmier raconte tout, jusqu'aux scènes les plus tragiques comme cette terrible erreur de l'artillerie française. Pensant avoir repéré une ligne de « boches », les poilus répondent à l'ordre et « frappent dur » sur la position.Ils font mouche. Soudain, on commande le cessez-le-feu ! Il est trop tard... Sur les 1100 soldats français pris pour cible, seuls 36 survivront aux coups frères...
Une autre terrible scène tourmentera longtemps le lieutenant. « Le bruit courait qu'une exécution aurait lieu suite au retrait non commandé de certains soldats, écrit-il. Effectivement, nous avons entendu une fusillade dont personne ne pouvait ignorer le résultat. » Ces coups de feu, Fernand ne les a jamais oubliés. Un peu plus tard, en 1934, lorsqu'il rencontre un général de sa connaissance, il lui confie ce souvenir douloureux. « Nous avons eu une conversation sur ce sujet qui m'a non seulement confirmé ces soupçons, mais qui m'a donné l'exemple de certains officiers ayant abattu eux-mêmes un combattant suspecté d'avoir reculé devant l'ennemi. »
De presque tous les bains de sang (Verdun, la cote 304,...), Fernand Roimarmier est blessé par trois fois. Reconnu invalide à 100 %, il devient sous-préfet d'Yvetôt. « Puis, il a reçu un coup de téléphone de Clemenceau lui demandant d'être sous-préfet de Verdun, explique Jean-Jacques Lefort. Il a répondu : « On ne refuse pas un poste où il tombe des marmites ! » » C'est à ce poste que Fernand Roimarmier organisera la venue des Américains du général Pershing, à Saint-Mihiel, en 1917.
Olivier RENAULT.
Bonjour, serait-il possible d'obtenir les coordonées de M. Le Fort. J'ai une photo de son grand-père sur le front de Verdun envoyée en 1953 à mes Grands-Parents. Merci pour votre aide.
F. Lepoint