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Olivier et Malika ont vécu avec l'escroc de l'A28

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photo malika neveu et olivier vannier, dans leur maison de montbizot, pas très loin de saint-marceau, où un homme s'est fait passer pour un faux chef de chantier en 1997. le fait divers a inspiré le film « a l'origine ». 1

Malika Neveu et Olivier Vannier, dans leur maison de Montbizot, pas très loin de Saint-Marceau, où un homme s'est fait passer pour un faux chef de chantier en 1997. Le fait divers a inspiré le film « A l'origine ».

Le couple a côtoyé Philippe Berre, arrêté en 1997 pour avoir organisé un faux chantier. Un film sort mercredi sur les écrans.

Témoignage

« C'est Momo. Il m'a vu dans le journal. » Ce jour-là, le portable n'arrête pas de sonner. Olivier Vannier ne répond pas, il écoute juste les messages. Des fournisseurs lui ont même demandé des autographes. Au Super U de Montbizot, sa femme, Malika Neveu, est assaillie par les clients. « Dès 9 h, on m'en parlait ! »

Dans le secteur de Saint-Marceau, le couple est sous les feux de la rampe, depuis quelques jours. Le film A l'origine, sur les écrans ce mercredi 11 novembre, avec François Cluzet et Emmanuelle Devos, est inspiré d'une histoire incroyable... Qu'ils ont vécue. Elle a même changé leur vie. Si Olivier est chef de chantier, aujourd'hui, c'est bien parce qu'il a pris goût aux travaux publics, au cours de ce mois de mars 1997.

« Il roulait en voitures de luxe »

Un certain Roger Martin débarque alors dans la petite commune. Il annonce qu'il pilotera l'installation de la plateforme pour le chantier de l'autoroute A 28, vers Alençon. Dans un contexte économique morose, l'homme est presque accueilli en messie... Jusqu'à ce que les gendarmes l'arrêtent, pour escroquerie. Tout le monde s'est fait berner !

« Il avait installé ses bureaux dans une ferme, se souvient Olivier. C'est toujours comme ça que ça se passe. Rien d'anormal. Il a commencé par contacter les plus gros fournisseurs. En leur disant qu'il avait besoin de main-d'oeuvre. Par le bouche à oreille, ça s'est vite su. »

A 22 ans, Olivier Vannier est alors mécanicien auto. Au chômage, il est embauché comme chauffeur. Il suit le patron dans ses visites de chantiers, ses démarches. « Il roulait toujours dans des voitures de luxe. La première, je lui ai changé les plaques. Les suivantes étaient louées dans le coin. » Malika, elle, vient d'accoucher de Maëlis, aujourd'hui âgée de 13 ans. « Je remplaçais ses secrétaires, le samedi matin. »

« On passait de bons moments »

Combien de temps l'arnaque a-t-elle duré ? A l'époque, la presse parle d'une dizaine de jours. Les gens évoquent plusieurs semaines. « Même s'il y avait quelques trucs bizarres, on n'a jamais douté, martèle le couple. Il était très sûr de lui. Ne lâchait rien sur la sécurité. Savait ce qu'il voulait. Il aurait largement pu être un vrai chef de chantier ! »

Restaurateurs, fournisseurs, agences d'intérim... Le préjudice est estimé à un million de francs. Mais ceux qui n'ont pas trop perdu, comme Olivier et Malika, gardent un bon souvenir du bonhomme. « On passait de bons moments. Il avait de la conversation. Lors d'une soirée, chez mon oncle, on s'était bien marrés ! » Pourtant, ils n'ont jamais été payés.

« Au procès, il nous a ignorés »

Un jour, les ouvriers l'apprennent par la radio du chantier : tout ça, ce n'était que du vent. Philippe Berre, de son vrai nom, utilisait l'identité d'un autre, se servait de faux bons de commandes. « On n'arrivait pas à y croire ! » A Mâcon, l'escroc est condamné à cinq ans de prison, sous les yeux des Sarthois. « On est allé au procès, pour savoir. Pourquoi avait-il fait tout ça ? On aurait voulu lui parler. Il nous a ignorés. »

Depuis, Malika a trouvé un autre travail. Le couple a eu une deuxième petite fille, Milena. Olivier a bossé sur le vrai chantier de l'A28. Avant de gravir les échelons des travaux publics.

« Il voulait être quelqu'un »

Le film, mercredi dans les salles ? Ils n'en sont pas les personnages centraux. Et ce n'est pas exactement leur histoire. « On passe pour des cas soc'! » Le réalisateur, Xavier Giannoli, se défend d'avoir voulu faire un documentaire. Revendique une grosse part de romance.

Mais finalement, ceux qui l'ont vécu s'y retrouvent plutôt bien. Et se rejoignent sur l'analyse du personnage : « Il voulait surtout être quelqu'un. »

 
Matthieu MARIN.   Ouest-France  

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