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Porté disparu en 1915, un Poilu manceau retrouvé1 |
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Le casque, la monnaie, les boutons et la plaque retrouvés près du corps du sous-lieutenant Arthur Leguay.
Arthur Charles Leguay est né en 1878, au Mans. Disparu après la bataille de Ripont, le 30 septembre 1915, son corps vient d'être retrouvé dans la Marne. C'est sa plaque militaire qui a permis son identification.
4 h 45. Le 2e bataillon des chasseurs à pied reçoit l'ordre de prendre « l'ouvrage de la défaite », près de Ripont, en Champagne. La place, stratégique, commande le ravin de l'Étang.
Le combat s'engage. Il est rude. D'abord submergés par les deux premières vagues françaises, les Allemands réagissent et reprennent leur position. La bataille est longuement décrite dans le journal des marches et opérations (JMO) du 2e bataillon des chasseurs à pied.
Quand il est relevé par le 146e RI, sur les coups de 3 h du matin, les pertes du bataillon sont de 14 officiers et 631 hommes de troupes, « tués, blessés ou disparus »... Parmi les disparus : le sous-lieutenant manceau Arthur Charles Leguay, 36 ans.
Main de Massiges, mai 2012
Ripont n'existe plus. La guerre a rayé de la carte la petite commune champenoise. Il y a une quinzaine de jours, Éric Marchal, président de l'association La Main de Massiges, se rend sur les lieux d'une zone fraîchement défrichée en bordure du camp militaire de Suippes. Dans la terre retournée, il remarque des ossements et s'aperçoit vite qu'il s'agit d'un homme. Éric connaît par coeur la procédure. Il contacte la gendarmerie puis relève les os avec les employés du service des sépultures militaires de Metz, mandatés pour ce type d'opérations.
Son corps retrouvé 97 ans après
Le corps retrouvé est celui d'un soldat de la « Grande guerre ». Près de lui sont retrouvés son casque « criblé d'éclats d'obus » et quelques petits objets : des pièces de monnaie, des boutons et deux petites médailles. Mais il y a surtout, la plaque d'identité militaire sur laquelle est gravé : Officier Leguay Arthur, 15 novembre 1878, Le Mans.
Dans son bilan du 30 septembre 1915, le rédacteur du journal des marches et opérations détaille, en marge, les pertes des officiers. « Disparus : capitaine Frass. Sous-lieutenant Vaimbois, Forêt, Leguay. » En octobre 1919, quand est complétée la fiche d'Arthur Leguay, il est considéré comme « tué à l'ennemi » à Ripont. Mais jamais son corps n'avait été retrouvé.
Pourquoi le sous-lieutenant Leguay a-t-il « disparu » le 30 septembre 1915 ? « Il a été retrouvé dans les lignes allemandes que les Français avaient enfoncées ce jour-là, détaille Éric Marchal. Ils ont peut-être tenu quelques heures avant de reculer et le corps du sous-lieutenant, tué avant le repli, est resté dans les lignes allemandes. Son dossier militaire indique qu'il est « porté disparu à l'attaque Maison de Champagne direction Ripont ». Il a dû être tué par des éclats d'obus puis enroulé dans une toile de tente et mis dans un trou d'obus par les Allemands. »
La famille en pèlerinage dimanche
L'affaire ne s'arrête pas là. Comme il le fait chaque fois qu'il retrouve un corps de « poilu », Éric Marchal a cherché à retrouver ses descendants. « J'ai trouvé sur un site de généalogie, une personne qui mentionnait le nom d'Arthur Leguay. Je l'ai contacté. Il s'agissait de son petit-neveu ! Il a passé le message à ses cousins, descendants directs du sous-lieutenant. C'est ainsi que j'ai pu entrer en contact avec Geneviève, la petite-fille d'Arthur Leguay. »
Geneviève habite Paris. Souvent elle a parlé à ses enfants et petits-enfants des lettres que son grand-père écrivait du front à son épouse et à sa soeur. Plusieurs fois, elle s'était rendue dans la Marne en mémoire de lui, sans autre lieu de recueillement que les grands ossuaires.
Dès dimanche, elle retournera en Champagne, en compagnie de son époux et d'un cousin. Mais cette fois, elle se rendra au cimetière militaire de Minaucourt où son aïeul a été inhumé dans une tombe individuelle et nominative, il y a quelques jours. « Inutile de vous dire à quel point je suis émue », dit-elle simplement.
97 ans après la bataille, le corps d'Arthur Charles Leguay, fils d'Arthur Leguay et de Marie-Charlotte Gapail, né au Mans le 15 novembre 1878, a donc été retrouvé. Et le mystère de la disparition de l'héroïque sous-lieutenant est enfin résolu.