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Prison pour une fellation forcée à la caserne... |
C'est dans sa chambre du 2e RIMa, à Champagné, que le brigadier aurait abusé du soldat de 2e classe. Le gradé a été condamné à six mois ferme.
Le brigadier n'est pas là. Seul l'ancien soldat de deuxième classe qui a aujourd'hui quitté l'armée a fait le déplacement, hier, devant le tribunal correctionnel du Mans. Le garçon âgé de 20 ans est visiblement mal à l'aise face au feu nourri de questions de la présidente Bertrand. « Vous le trouviez vraiment menaçant ? A-t-il pu se méprendre sur votre façon de réagir ? C'est la parole de l'un contre celle de l'autre ? Vous n'aviez pas déjà eu une relation avec un garçon ? », lui demande la magistrate qu'on dirait en train d'interroger un suspect.
Taillé dans une allumette, Marc* raconte d'une petite voix la terrible soirée du 7 avril 2006 qu'il a passée dans la chambre du brigadier David Robert : « J'étais monté pour discuter. Il avait bu. Il a eu des propos déplacés. Puis il a fermé la porte de sa chambre à clef. Il m'a dit : « J'ai de l'alcool dans le sang. Si tu ne t'allonges pas à côté de moi, je vais m'énerver ». La présidente l'interrompt : « Il dit que vous étiez consentant. » Marc jette un regard interloqué à son avocate.
Puis reprend son récit en baissant la voix encore d'un ton : « Il a commencé à me toucher. Il me repoussait les bras. Il m'a masturbé avant de me faire une fellation. Il a voulu que je lui fasse la même chose. »
« Il a eu ce qu'il voulait »
Un brin agacée, la présidente Bertrand revient à la charge : « Mais alors comment avez-vous réussi à partir ? » Marc baisse la tête : « Parce qu'il a eu ce qu'il voulait. »
Le lendemain, le soldat abusé va porter plainte après s'être confié à un collègue du régiment. Me Gohier, avocate de Marc, demande à la présidente qu'elle lise l'audition de ce camarade. « Il n'a pas dit grand-chose », rechigne la magistrate avant de s'exécuter.
On apprend quand même que le brigadier était bien le supérieur hiérarchique de Marc. Et qu'il l'aurait menacé de représailles en lui disant que « si jamais tu ouvres ta gueule, je te défonce. » Le prévenant que « lorsqu'on sera en manoeuvre, je serai ton chef de groupe. »
« Mon client a eu une vie familiale très difficile. Il avait trouvé en l'agresseur l'écoute qu'il n'a jamais eu auprès de son père, détaille Me Gohier. Pourquoi aurait-il pris le risque de porter plainte s'il avait été consentant ? » L'expertise médico-psychologique de Marc évoque un garçon « perturbé psychologiquement depuis les faits », qui a manqué de « défense » et vécu les événements dans une « stupeur traumatique. » C'est à dire qu'il n'a pas trouvé les moyens adaptés pour se défendre.
État de sidération
La procureure Moisset emboîte le pas de l'expert : « L'examen psychologique de la victime permet de bien cerner sa personnalité, son histoire familiale compliquée. Il a très bien pu être dans un état de sidération. On le voit souvent dans ce genre de dossier. » Elle pointe également la « contrainte physique et morale » exercée par le brigadier, supérieur hiérarchique du deuxième classe, et réclame 12 mois de prison avec sursis contre David Robert.
Après avoir délibéré, le tribunal a condamné David Robert à deux ans de prison, dont 18 mois avec sursis. L'homme qui, lui aussi, a aujourd'hui quitté l'armée devra également verser 4 000 € de dommage intérêt à la victime.
Igor BONNET.
*Prénom d'emprunt pour protéger l'anonymat de la victime.