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Procès Marina. Les journalistes de la rédaction répondent à vos questions2 |
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Après quinze jours d'un très médiatique procès, vous vous posiez encore certaines questions. Les journalistes de la rédaction y répondent ici. © Photo « Le Maine Libre » - Olivier Blin
Vous avez été très nombreux, depuis le lundi 11 juin, à suivre le procès des parents de la petite Marina, tant dans notre journal que sur le site internet.Â
Si nous avons fait le maximum pour vous faire vivre ces quinze jours de procès au plus près, vous vous posiez encore certaines questions.
Nous vous avons donc proposé de nous les poser et, encore une fois, vous avez été très nombreux à nous écrire.
Nous avons sélectionné les questions les plus récurrentes et nos reporters, qui ont suivi les audiences depuis le premier jour, se sont chargés d'y répondre.
Pourquoi des parents, qui ont torturé une enfant de manière aussi atroce, conservent leurs droits parentaux pour ceux qui restent ?
Eric Sabatier et Virginie Darras sont privés pendant dix ans de leurs droits civils, civiques et de la famille.
Cela signifie que durant cette période ils ne pourront pas, par exemple, se présenter à des élections ou être jurés d’assises.
En revanche, ainsi que le prévoit le code de procédure pénale, ils conservent leur autorité parentale sur leurs enfants, parce que ces derniers n’ont pas été directement victimes des maltraitances.
Quelles ont été les réactions suscitées par la projection de la vidéo de la petite Marina, particulièrement lors de son entretien avec les gendarmes ?
Comment ont réagi les parents lors de cette projection et lors du verdict ?
L’apparition à l’écran de Marina a plongé la salle d’assises dans une ambiance pesante.
Ce fût le moment le plus fort du procès. Pendant trois quarts d’heure, pas un bruit, pas un mot, une émotion palpable et, pour tout dire, presque du recueillement.
Dans le box, Eric Sabatier a regardé sa fille, les yeux hagards, immobile, la tête appuyée sur les mains.
En revanche, Virginie Darras, comme elle l’a souvent fait, a baissé la tête, s’est recroquevillée.
Lors de l'énoncé du verdict, les deux parents de Marina n’ont pas exprimé de réaction. Ils se sont entretenus avec leurs avocats depuis le box, à voix basse.
Eric Sabatier est parti le premier, suivi quelques minutes plus tard de Virginie Darras.
Comment a-t-il été possible, pendant tant d'années, qu'un tel acharnement, qu'une telle débauche de sévices récurrents, puissent ne pas attirer l'attention des services censés justement protéger ces enfants martyrs ?
Ont-ils été condamnés ?
L’attention des services a été attirée. Ce sont leurs réponses, pour certains, qui ont été décriées par les parties civiles, comme le lancement d’une évaluation de la famille de Marina par le Conseil général en mai 2009, sans que le parquet ne soit alerté ; ou encore l’enquête succincte de la gendarmerie, classée sans suite par le parquet.
Quant aux poursuites, les associations vont attaquer au pénal et au civil.
Comment avez-vous perçu la justification des organismes "compétents" dans cette affaire, du fait de leur déni de responsabilité ?
Le parquet, par la voix de l’avocat général, a fait en quelque sorte son mea culpa, en évoquant « un manque de pugnacité et de clairvoyance de la part des professionnels en charge de la protection des mineurs », parmi lesquels « le parquet ».
Le Conseil général, pour sa part, a expliqué avoir agi en fonction des textes de lois, et affirmé qu’une enquête interne n’avait révélé aucun dysfonctionnement.
J'aimerais rendre hommage à cette petite en fleurissant sa tombe, pourriez-vous m'indiquer le lieu de sa sépulture ?
Marina a été inhumée dans le caveau familial du côté de sa mère, dans la Somme.
Comment peut-on envisager la réinsertion de ces individus ?
Comme l’ont rappelé les avocats de la défense, les accusés et maintenant condamnés, ne souffrent d’aucune pathologie mentale.
L’avocat général, dans sa plaidoirie, avait incité les jurés « à leur concéder une part d’humanité, celle qu’ils ont justement refusée à Marina ».
Durant leur détention, les parents de Marina sont suivis par des psychologues et psychiatres et peuvent ainsi se livrer à une réflexion profonde sur leurs actes.
Un préalable à une éventuelle réinsertion sociale.
Trente ans de réclusion (dont 20 ans de sûreté), est-ce assez compte-tenu du crime commis ?
Plusieurs lecteurs ont fait part de leur mécontentement sur cette peine, ne comprenant pas que les accusés ne soient pas condamnés à la perpétuité.
Il faut savoir que la perpétuité est forcément assortie d’une période de sûreté, comprise entre 18 et 22 ans. On peut donc parler d’une différence de deux ans concernant la période de sûreté.
La perpétuité relève donc un peu de la « symbolique ».
Peut-on me dire pourquoi seul l’amant est poursuivi pour non-assistance, alors que d’autres témoins, voisins, ont transité par cette « maison de l’horreur » ?
A la différence du voisinage, l’amant en question a vécu dans le domicile du couple, en présence des enfants, pendant trois mois.
Il était potentiellement un témoin privilégié des sévices infligés à Marina, même s’il affirme n’avoir rien vu d’alarmant.
Il sera jugé en correctionnelle fin 2012 - début 2013, pour non-dénonciation de mauvais traitements.
Sait-on pourquoi le premier fils de Mme Darras ne vit pas avec son père ?
Ce point n’a pas été évoqué. Ce garçon est aujourd’hui dans la famille d’accueil, avec les autres enfants du couple Sabatier.
La famille de Marina a-t-elle assisté à son enterrement ?
L’organisation des obsèques a été confiée à la famille de Virginie Darras.
Marina a été inhumée le 25 octobre 2010, soit plus d’un an après son décès, une période pendant laquelle plusieurs expertises médico légales ont eu lieu pour déterminer les causes de son décès.
Selon un membre de la famille, peu de personnes étaient présentes, seulement les très proches, dont les frères et sœur de Marina.
Ses parents n’y assistaient pas.
Comment ressortez-vous de cette épreuve, notamment après l'audition vidéo de Marina ?
Le procès a forcément été éprouvant même si, ayant suivi l'affaire depuis le début, nous n'avons pas découvert les détails sordides du calvaire de Marina lors de l'audience.
Nous sommes habitués à entendre des horreurs en cour d’assises mais durant cette affaire Marina, nous avons atteint un extrême.
Certains moments, comme la diffusion de l’audition de Marina par les gendarmes ou encore le témoignage de son frère mais aussi de la famille d’accueil et des instituteurs, ont été simplement bouleversants, pour nous comme pour les personnes présentes.
Nous savions à quoi nous attendre mais on ne ressort pas tout à fait indemne d’une telle expérience.
Le supplice de Marina nous a véritablement touchés, émus, révoltés aussi. Pour autant, pas question de se laisser aller dans la rédaction des articles, même s'il faut bien avouer que, par moments, c’était difficile.
Je suis d'accord avec le commentaire précédent... Justement pour la symbolique, les "parents" auraient du avoir la perpétuité.
par contre, je suis très contente de votre réponse à la dernière question car écrivant une revue de presse dans le domaine médico-social, je me demande toujours comment faire pour prendre de la distance dans ce genre d'affaire... je dois avouer que j'ai beaucoup de mal...
Bénéficiez vous d'un soutien psychologique ou d'une formation pour gérer l'affect suscité par ce genre de cas ?
Votre réponse m'intéresserai beaucoup