Une famille menacée d'expulsion à Sablé
Un couple, originaire de la République démocratique du Congo, et ses deux enfants, âgés de 9 mois et 2 ans connaîtront leur sort aujourd'hui.
Lui, Bénédict Diagambana, 38 ans, est arrivé en France en 2001. Sa compagne, Isbealisme Nkoumbou, a demandé l'asile en 2003. Le couple s'est installé à Sablé-sur-Sarthe. C'est ici que leurs deux enfants ont vu le jour. Qu'ils ont grandi. La petite fille est aujourd'hui âgée de neuf mois. Leur garçon a tout juste deux ans. La famille vivait, jusqu'à mercredi, dans un appartement, à Saint-Exupéry, l'un des quartiers populaires de Sablé-sur-Sarthe.
Car mercredi, aux aurores, des gendarmes ont interpellé Bénédict et Isbealisme à leur domicile. Tous deux ont passé leur première nuit, privés de leurs enfants, en garde à vue à la brigade de gendarmerie. Et la seconde au centre de rétention administratif de Rennes Saint-Jacques où ils ont été transférés, hier, dans l'après-midi.
Leurs enfants les y ont rejoints. « Les gendarmes sont venus les chercher le lendemain matin chez une soeur qui s'en est occupée la première nuit », s'indigne Annie Boyereau-Dorizon, conseillère municipale d'opposition à Sablé et marraine de la famille.
Bénédict et Isbealisme avaient fui la République Démocratique du Congo. « Un pays en guerre civile lorsque Bénédict est arrivé en France. Un pays encore en guerre aujourd'hui », s'alarme Bernard Lebrun, président du Réseau éducation sans frontière en Sarthe (RESF).
Procédure de rapprochement...
Les titres de séjour d'un an, que la préfecture leur renouvelait, leur permettaient de travailler, de se former. « Bénédict a suivi une formation de soudeur grâce à laquelle il a décroché un contrat à durée indéterminée (CDI) dans une entreprise de Sablé », précise Annie Boyreau-Dorizon. Mais il n'en a jamais profité.
« Leur titre de séjour a été réduit à trois mois. Et cela dès qu'ils ont demandé une procédure de rapprochement pour leurs deux autres enfants qui vivent encore en République Démocratique du Congo. La préfecture veut bien le rapprochement, mais dans l'autre sens », conclut l'élue.
En septembre, Bénédict et Isbealisme ont reçu un avis d'expulsion. Avec l'aide de RESF, ils ont déposé un recours, devant le tribunal administratif. « Ce recours est suspensif. Le jugement était prévu le 5 décembre. Pourquoi les a-t-on interpellés ? », s'interroge l'élue.
A la gendarmerie de Sablé, où Annie Boyreau Dorizon s'est rendue dès mercredi, on s'est contenté d'évoquer une affaire de droit commun. « D'escroquerie et de complicité d'escroquerie », dit-elle. Bénédict aurait utilisé une autre identité pour « pouvoir travailler et nourrir sa famille. Car depuis août, ils n'ont perçu en tout et pour tout que deux fois 30 € d'aide de la mairie », rapporte sa marraine.
Le recours de Bénédict et Isbealisme sera jugé ce matin. L'affaire d'usurpation d'identité, l'après-midi, en comparution immédiate. « C'est de la pure folie. Tout est fait pour aller vite, et faire du chiffre », fulmine Bernard Lebrun. « Je n'admets pas qu'on m'ait menti à la gendarmerie, sans doute pour éviter des réactions dans la ville de François Fillon. Pourquoi la préfecture ferait-elle du zèle ? A qui de tels procédés profitent-ils ? », s'interroge pour sa part Annie Boyreau-Dorizon.
Hier soir, le secrétaire général de la préfecture restait injoignable.
Alan LE BLOA.
Ouest-France