À la redécouverte de la mythique route Inca
La longue marche a été jalonnée de fabuleuses rencontres.
25e Heure du livre. Megan Son et le Sarthois Laurent Granier ont parcouru les 6 000 km de la « route inca ». Une expédition exceptionnelle et parfois risquée.
Un an et demi de marche.
Depuis huit ans, Megan Son et son compagnon Laurent Granier parcourent les routes historiques du monde. En août 2005, ils se lancent dans une nouvelle aventure en Amérique du Sud sur une voie mythique : la route inca.
« Nous avions très envie de faire une longue marche dans les Andes, explique Laurent Granier. Nous avons découvert le périple de Ricardo Espinosa, un marcheur célèbre au Pérou, qui avait parcouru la moitié de la route inca, de Quito à La Paz. On s'est dit qu'il fallait absolument qu'on la fasse dans son intégralité : c'est-à-dire doubler la distance parcourue par Ricardo ». Soit 6 000 km, marchés en un an et demi.
La via Appia d'Amérique du Sud.
« Pour dominer leur empire les Incas avaient créé un gigantesque réseau routier de 60 000 km. La route inca qui partait de la ville de Pasto en Colombie et allait jusqu'à Santiago du Chili, en passant par la capitale Cusco, en était la colonne vertébrale. On la compare souvent à la via Appia en Italie. »
Des pavés en zones marécageuses.
« Les Incas ne se déplaçaient qu'à pied avec des lamas, seuls animaux de bât. Les routes n'étaient pavées que dans les zones marécageuses. Lorsque les Conquistadors sont arrivés avec la roue et les chevaux, elles n'étaient plus adaptées. Les Espagnols vont alors développer un réseau de routes coloniales. »
La route oubliée au patrimoine mondial ?
La route inca va peu à peu tomber dans l'oubli. Dans les années 70 un archéologue américain s'y intéresse à nouveau. Puis Ricardo Espinosa, refait parler d'elle, en 1999. « Aujourd'hui, pour la première fois de l'Histoire, six pays présentent une candidature commune à la liste du patrimoine de l'Unesco. » Réponse en 2010 ou 2011.
L'aventure avec trois fois rien.
Le couple d'aventuriers a réalisé sa marche avec le minimum d'équipement. Pas de tente, pas de sac de couchage, pas de nourriture, pas de réchaud et le minimum de vêtements... « On était totalement tributaire des communautés. Ce qui nous a permis de faire des rencontres fabuleuses ! »
« Les lamas étaient trop lents ».
« Nous avons commencé avec des lamas chargés. Mais on allait trop doucement avec eux. On leur a rendu leur liberté dans un parc naturel et on a continué avec le strict minimum. »
« On a failli se faire lyncher ! »
« Dans 99,9 % des cas, tout s'est très bien passé. Ça a été plus délicat dans les zones minières où nous avons failli nous faire lyncher. On a même eu droit à un procès populaire avec toute la population d'un village qui nous criait dessus. Le « juge » a commencé par nous dire que nous allions payer pour les autres étrangers.
Sur les hauteurs, il y avait une mine d'or, gérée par des Anglais, qui polluait l'eau de la rivière, seule source d'approvisionnement du village. Quelques jours avant notre arrivée, les habitants avaient envoyé des émissaires plaider leur cause à la capitale. Émissaires qui avaient été assassinés... Ils étaient hors d'eux ! On a vraiment cru que notre dernière heure était arrivée. »
C'est l'arrivée providentielle d'un homme ivre qui va faire basculer la situation. « Il a commencé à parler avec Megan. Et ça, là-bas, ça ne se fait pas. Je me suis levé et j'ai demandé comment ils pouvaient tolérer qu'un homme parle avec ma femme ? La tension s'est déplacée vers cet homme-là... »
Olivier RENAULT.
Samedi 11 et dimanche 12 octobre, Laurent Granier sera au stand de la librairie Le Passage avec son livre paru chez Géo.
Ouest-France
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