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L’artiste sarthois veut unir les habitants de Bangui... |
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Lucas Grandin?: «?Oui, le pays est en crise, ça me donne encore plus l’énergie d’unir les Banguissois?». © Abel Sprang
Dans un contexte politique et militaire tendu, Lucas Grandin veut utiliser son art pour rapprocher la population centrafricaine.
Lucas Grandin est un artiste plasticien de 41ans né au Mans, demeurant à Vilaines-Sous-Lucé, mais que son crayon et ses idées portent au bout du monde. Depuis quelques mois, il séjourne régulièrement à Bangui la capitale de la République Centrafricaine, pays sous la menace d’une nouvelle crise politico-militaire.
« On dit souvent que le Sarthois est casanier, et pourtant j’ai la bougeotte ! » dit celui qui entreprend jusqu’à sept à huit voyages chaque année. Tête pensante de nombreux projets à succès en Sarthe et en Europe, il semble pourtant toujours avoir regardé vers l’Afrique. Après Dakar au Sénégal, Douala au Cameroun, il tente désormais de porter son art, tout autant art à voir, à écouter, qu’art à vivre, dans la capitale centrafricaine, la désormais mal nommée Bangui la coquette.
Pour Lucas Grandin la création est une nécessité. « J’ai appris à dessiner avant de parler. Je réalisais ainsi entre 50 à 100 dessins par jour » et « pour m’endormir, petit, je dessinais des moutons » plaisante-t-il. Ce véritable touche à tout s’est fait un nom avec un projet en art du son à Renne après avoir étudié aux Beaux Arts du Mans. Et puis tout s’est enchaîné : des expositions au Canada, à Rotterdam, à Harvard… et l’Afrique.
Lieux de rencontre
Les projets qu’ils mènent sont d’abord guidés par des valeurs très fortes, mêlant dimension sociale, culturelle et écologique, et en particulier en Afrique. « Le jardin sonore de Bonamouti » à Douala est par exemple construit autour d’un dispositif pour récupérer l’eau de pluie tout en faisant de la musique : « le matin y’a des pêcheurs, le midi les mamans qui viennent cuisiner, les écoles observent les plantes médicinales qui y poussent, et le soir les jeunes y trouvent leur intimité » …Ce que recherche en effet Lucas Grandin c’est d’abord construire du collectif, et « créer des lieux de rencontres, créer des lieux zen, avec les gens et pour les gens » .
Bangui-la-cagette
Bangui vit dans un calme précaire, le jeune artiste est en conscient, et s’adaptera parie t il « Oui, le pays est en crise, ça me donne encore plus l’énergie d’unir les Banguissois » . Dans chacun de ses projets l’artiste plasticien invite d’ailleurs les habitants du quartier à participer à la nouvelle infrastructure. « À Bangui, le plus compliqué c’est la question de la propriété, va falloir trouver un espace » s’étonne Lucas, mais il y a tout le matériau à portée de la main, soutenu par l’Alliance français. D’ailleurs, pourquoi le bois ? « C’est une matière renouvelable, puis les gestes et l’apprentissage est plus rapide pour les gens » indique cet infatigable bricoleur. Le Manceau espère ainsi compter sur une cinquantaine de volontaires de tous horizons.
Heureux qui comme Lucas
« Le lien social c’est le maître mot » , ajoute-t-il. Mais malgré les kilomètres et les expériences sa Sarthe natale n’est finalement jamais très loin : « la solidarité des Sarthois, je la retrouve ici aussi. Les Banguissois sont rugueux et amicaux » . D’ailleurs, ces derniers ont de nombreux points communs avec les gens de La Sarthe se surprend-il : « Je retrouve leur côté bricolo, ils ont le talent du répare-tout, et surtout du faire beau et de l’utile avec très peu » . La Vallée du Loir est aussi et surtout sa source d’inspiration. « C’est dans le calme et l’isolement de ma campagne que je trouve l’énergie de nouveaux projets » .
Abel SPRANG