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Les six saisons en enfer de Suzanne Busson... |
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Félicie Charles (1896-1953), plus connue au Mans sous le nom de Suzanne Busson, a laissé un témoignage poignant de sa déportation. Édité au lendemain de la guerre, il vient de ressortir sous le titre Dans les griffes nazies.
Dans les griffes nazies, le récit de déportation de Suzanne Busson, édité une première fois au lendemain de la guerre, vient de ressortir chez Orep. Ce terrible témoignage est d'une bouleversante précision.
« Un nom me revient sans cesse, m'attire, me hante : Mauthausen, tombeau de mon bonheur ! » En février 1946, Félicie Charles, également connue sous le nom de Suzanne Busson (elle préférait se faire appeler par son deuxième prénom, Suzanne, et Busson est le nom de son deuxième mari, le résistant Adolphe Busson), écrit la dernière phrase du récit de sa déportation. Un récit qu'elle a commencé à écrire à Ravensbrück, et qu'elle publiera juste après guerre.
Si une rue d'Isigny-sur-Mer (Calvados) porte le nom de Félicie Charles et une école du Mans (où elle a enseigné) celui de Suzanne Busson, peu de gens connaissent l'histoire de la résistante déportée.
Depuis plusieurs années, Jean-Noël Levavasseur, journaliste à la rédaction Ouest-France de Caen, enfant d'Isigny, cherche à faire rééditer son récit de déportation. « À Isigny, tout le monde connaît la rue Félicie-Charles sans forcément savoir qui elle était, explique-t-il. Un jour, j'ai vu mon père lire son livre que je ne connaissais pas. Il me l'a prêté et j'ai trouvé ce témoignage bouleversant. Je suis alors entré en contact avec le fils de Félicie Charles pour lui demander l'autorisation de trouver un éditeur afin de faire rééditer le livre de sa mère. » C'est chose faite aujourd'hui, puisque Dans les griffes nazies vient de ressortir aux éditions l'Orep.
« Je sais ce qui m'attend »
Le témoignage de Félicie est donc à nouveau disponible en librairie, augmenté de trois textes de son fils, Pierre Fossey. Parmi ces trois récits complémentaires, il y a celui de l'arrestation de sa mère, le 6 janvier 1944. Une mère qui, sachant ce qui l'attendait, a fait le choix de se jeter dans la gueule du loup plutôt que de risquer de mettre les siens en péril.
C'est ce 6 janvier 1944, devant la prison du Pré-Pigeon, à Angers, que commence le récit de Suzanne Busson. Elle est encore dans la file d'attente, quand un homme du café d'en face lui apporte un message de son fils qui vient de téléphoner. La gestapo est chez elle, au Mans. Si elle rentre livrer son colis à son mari, elle sera faite prisonnière sur le champ. Suzanne franchit quand même le portail, pour l'amour de son mari et de son fils qu'elle craint de mettre en difficulté si elle s'enfuit.
L'interminable descente aux enfers
S'ensuit le récit d'un long voyage en enfer. La cellule n° 425 à la prison de Fresnes, avec la merveilleuse « tante Agnès », la soeur du général De Gaulle, puis le fort de Romainville, la prison d'Aix-la-Chapelle et Ravensbrück avec ses hautes cheminées dominant ce que les « anciennes » appellent « la boulangerie ». Suzanne connaît la faim, le froid, la violence. En enfer, il y a les SS qui hurlent et qui frappent, le block 10 des folles qu'on entasse jusqu'à ce qu'une « fournée » soit complète... Comment pouvait-elle imaginer, à Ravensbrück, que la monstruosité avait encore un étage ? Que son chemin la conduirait ensuite jusqu'à l'indescriptible Mauthausen...
Dans les griffes nazies, Félicie Charles-Suzanne Busson, Orep éditions. 111 pages. 15 €.