Édition du lundi 05 novembre 2007
Dans le tram, stress garanti pour le conducteur
Un piéton tête en l'air, un cycliste kamikaze ou un automobiliste paumé... Aux commandes du tram, le conducteur pare à l'imprévisible. Poussée d'adrénaline assurée.
14 h 32, place de la République. Il pleuviote, une femme se presse, tête enfoncée dans les épaules. Et sans s'inquiéter du joli ding-ding-ding du tramway qui redémarre... « Les piétons sont les plus stressants, souffle Hans Houlbert. Ils nous passent sous le nez à tous les coins de rue ! » Le conducteur en est quitte pour lever le pied... ou plutôt pour tirer le « manipulateur ». Et c'est là tout le problème : « Un tramway, ça ne se conduit pas comme une voiture ou un bus. »Au pire des cas, c'est le freinage d'urgence et la sueur froide garantie : plusieurs dizaines de mètres sont nécessaires avant que les 50 tonnes de la rame ne stoppent. Pour cette fois, ce ne sera pas nécessaire. Le tram glisse déjà vers le carrefour du pont Gambetta. Doucement. Et c'est tant mieux pour les automobilistes qui s'agglutinent sur les voies de tram. « Aux heures de pointe, on en voit souvent s'arrêter en plein milieu ! », observe Hans Houlbert.En caleçon et en pyjamaDans la cabine, pas le temps de souffler. « Il faut rester super-concentré pour anticiper tout le temps, sinon... » Sinon c'est le cycliste de la place Lafayette qui risque de se faire tailler un short. Mais là encore, même pas peur : le deux-roues file sans un regard. Le conducteur du tram s'en amuse : « Ils nous en font voir ! »Des peurs bleues... des moments émouvants, aussi. A deux pas du parc Monod, une grappe de gamins salue l'arrivée du tram ; Hans Houlbert leur adresse un petit signe de la main. On croirait parader au défilé de la Reine d'Angleterre, non ? Sourire : « La première fois qu'on a remonté la ligne, à Gambetta, c'était tôt le matin : les gens sont carrément sortis dans la rue en caleçon et en pyjama pour nous faire coucou. C'était vraiment sympa... »« Dans le bus, on ne nous voit plus »Rien à voir avec sa seconde casquette de chauffeur de bus : « Dans le tram, on sent que les gens s'intéressent à nous, à notre travail... Dans les bus, les mêmes personnes ne nous jettent même pas un regard. On ne nous voit plus. » Hans Houlbert va devoir s'y habituer.Comme les 120 conducteurs formés pour piloter le tramway, il alternera « 15 jours dans le tram, 15 jours dans le bus ». Des métiers qui n'ont pourtant « rien à voir », assure le conducteur. Ici, plus de contact, ou presque, avec les passagers : « La porte vitrée de la cabine sera toujours fermée. En cas de problème, les clients pourront nous contacter par l'interphone. »En quittant la route, les conducteurs de tram découvrent aussi un nouveau monde : celui du ferroviaire. Avec sa signalétique, ses rails qui contraignent à maintenir le cap, quoi qu'il arrive... Et ses fantômes aussi. « Les suicides, on y pense forcément. Personne n'a l'idée de se jeter sous un bus. Mais sous des trains ou des tramways... » Hans Houlbert balaie son angoisse d'un geste : dans quinze jours, il embarquera ses premiers passagers. « On est prêts. Ça se passera bien. »Cécile RÉTO.
Ouest-France