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Alice Zeniter, la tentation de Budapest... |
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Alice Zeniter apparaît parmi les talents prometteurs de la nouvelle génération. © Philippe Dobrowolska
Alice Zeniter louée par une critique flatteuse a grandi à Champfleur dans la Sarthe. Et si une étrange maison hongroise est au cœur de « Sombre dimanche », la jeune romancière reste attachée à la demeure familiale, entre étangs et forêt de Perseigne. Mais c'est à Paris où elle prépare une thèse sur le dramaturge contemporain Martin Crimp que nous nous sommes rencontrées.
Son premier roman publié à 16 ans est épuisé. « Et surtout, qu’il le reste »,lance-t-elle en riant. « On ne devrait jamais publier si jeune. J’ai écrit ce livre à 14 ans derrière la fontaine à eau du lycée et à cet âge, on n’imagine pas à quel point on va changer ». Jusqu’à la parution en janvier de « Sombre dimanche » (Albin Michel) salué par le prix de la Closerie des Lilas, Alice n’a pas perdu son temps.
A 7 ans, elle trafique Alexandre Dumas
La khâgneuse élève du prestigieux lycée Lakanal à Sceaux a eu le temps de se passionner pour le théâtre, de suivre de brillantes humanités à Normale Sup, d’écrire un deuxième roman adressé par la poste à Albin Michel ("Jusque dans nos bras" 2010), puis de passer presque trois ans à Budapest, terre d’inspiration du magnifique « Sombre dimanche ».
« À la fin de mon master, je voulais partir à l’étranger. Nul ne visait le poste de lectrice de l’université de Budapest car il était payé en salaire local, 280 € par mois. J’ai cherché quelques informations sur la Hongrie sur Wikipédia et je suis partie ! ".
Fraîche et naturelle, Alice Zeniter vous donne l’impression que tout est facile. Khâgne ? « Sous l’apparat d’une sélection cruelle, on apprend des choses passionnantes. Ce sont trois années de nourriture intense qui laissent aussi le temps de se poser la question : Que vais-je faire après ? » Chez Alice, l’envie d’écrire s’est réveillée.
« Depuis mes 7 ans, je sais que je veux être écrivain. Budapest a précipité les événements. Si à mon retour je n’étais pas capable d’écrire, j’étais décidée à choisir une autre voie. Médiatrice culturelle par exemple. J’ai été à deux doigts d’abandonner avant d’avoir rien fait ! ». C’eut été dommage.
La jeune femme se souvient encore de la première phrase déchiffrée dès ses 4 ans: « Gilbert joue au ballon avec son camarade ». À 7 ans, avec sa grande sœur, elle réécrit « Les trois mousquetaires ». « Parce que Constance Bonacieux meurt au lieu d’épouser d’Artagnan. C’était d’une injustice totale ». Alice trafique le roman. « Nous ajoutions des monstres et piquions les descriptions des robes chez la Comtesse de Ségur ».
Le théâtre, une passion
À Champfleur, les livres de la maison familiale nourrissent l’imaginaire d’Alice.« Ma mère lisait Balzac, Hugo… Mon père, Bradbury ou Azimov. Finalement, j’ai plus un bagage de geek de bibliothèque que de Normalienne ! "
Portée par le succès de « Sombre dimanche » cette nature rieuse cotôyait Umberto Eco voici quelques semaines sur le plateau de La grande librairie, l’émission littéraire de François Busnel sur France 5. Cette mise en lumière l’étonne et la ravit. "Je n'en ai pas dormi les nuits qui précédaient, pourtant la télé ne me perturbe pas. Mais Eco, c'est impressionnant!"
Elle est quand même un peu déçue de voir que le docte professeur ne ressemble pas à Sean Connery dans "Le nom de la rose"....
« Je ne m’attendais pas à un tel accueil de mon livre. Quand mes amis hongrois ont appris que j’écrivais un roman inspiré par leur patrie, ils doutaient de mon idée. « Notre pays n’intéresse personne » m’assuraient-ils ».
Erreur. L’excellence de ce roman foisonnant et mélancolique séduit. « Qu’est-ce que j’ai bossé pour donner cette impression de simplicité ! » avoue la brunette, confrontée à un agenda noirci par les salons et les interviews. « J’ai hâte de revenir vers la maison familiale. La campagne, la forêt de Perseigne, me manquent. J’ai besoin d’espace et de calme ».
Cette mise au vert est programmée cet été autour de l’autre passion d’Alice, le théâtre. « Nous ferons dans le jardin des séances de lecture de la pièce que j’écris ». Derrière la romancière, la dramaturge s'affirme.
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