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Auto : « Chez Toyota, pas de programme Le Mans »... |
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Toyota avait marqué de son empreinte l'édition 1999 des 24 Heures du Mans avec la GT One. Depuis la firme japonaise a travaillé dans d'autres disciplines. Photo © Archives Daniel Fouray
Retiré de la F1, le constructeur japonais redéfinit ses objectifs. Entretien avec Pascal Vasselon, directeur général châssis.
La nouvelle du retrait de Toyota de la Formule 1 a eu l'effet d'un séisme dans le microcosme du sport automobile. Premier constructeur mondial, la marque japonaise semblait à l'abri, du moins plus que ses concurrents, des remous de la crise économique mondiale. Ce n'est pas connaître la nature nippone et cette faculté a coupé une branche lorsqu'elle commence à pourrir.
Honda avait claqué la porte du jour au lendemain. Mitsubishi en rallye également, Toyota a suivi cette voie au sens politique fort. Comme pour marquer son désintérêt d'une discipline où pourtant le constructeur japonais a tant misé sans récolter le fruit de ses investissements. « On ne peut vivre ce genre d'arrêt que comme un choc, souligne Pascal Vasselon, directeur de la section châssis chez Toyota Motorsport. L'activité en F1 est intense, émotionnellement notamment or la nature a horreur des discontinuités. C'est ce qui est arrivé. C'est totalement justifié et justifiable. »
À Tokyo, le staff dirigeant a pris l'option d'émettre un signal fort en quittant la F1, un secteur où Toyota avait bâti un projet porté par près de 700 personnes. « Cela rajoute au regret et à la frustration. On l'oublie régulièrement, Toyota est le seul team à être parti de rien, d'une feuille blanche. C'est un cas unique. Toutes les aventures récentes se sont appuyées sur des structures existantes. Il a fallu créer, éduquer tout un réseau de sous-traitants comme ont su le faire Ferrari ou McLaren. Nous étions en passe d'y arriver sur les deux dernières années. La frustration n'en est que plus grande. Nous n'avons pas rempli notre objectif mais j'ai le sentiment qu'on est passé à un cheveu de la réussite. »
Un cheveu qui a influencé le retrait. « Sincèrement, je n'y crois pas. Les raisons sont ailleurs, sur le plan économique en particulier. »
Le savoir-faire hybride
A Cologne, où est basée la structure de Totoya Motorsport, la fin de l'automne et l'hiver ont rimé avec licenciements. « Nous ne sommes plus que 150 aujourd'hui. L'idée est de réorienter vers d'autres activités, vers les racines du sport auto, plus en relation avec nos clients. Nous consacrons aussi du temps au design. L'endurance pourrait être une piste de développement, le FIA GT entre autres. La Lexus LFA est une base possible. Toyota possède un savoir-faire indéniable en matière d'hybride. Notre SREC (système de récupération d'énergie) est opérationnel, à nous d'en tirer partie. Mais il n'y a pas de programme Le Mans pris en considération. »
La firme japonaise n'a pas tiré un trait complet sur la F1. « Nous avons conservé une activité de service d'ingénierie autour de notre monoplace. Car sur les premières simulations que nous avions entamées sur la version 2010, nous avions de très bons retours. »
Toyota est à un carrefour de ses orientations. LeMans a laissé un goût amer à la marque nipponne. L'affinage du règlement en faveur de l'hybride pourrait ouvrir une nouvelle porte au premier constructeur de voitures de la planète. Il a les armes pour même s'il se montre très discret sur ses intentions futures.