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Transes Vaudou au coeur de la Sarthe... |
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« Nous avons acheté le crâne dans un magasin de médecine de Saint-Germain-des-Prés. Lors d<¤>une cérémonie, nous avons fait un « deal »
avec son ancien propriétaire », raconte Papa Hougan.
©Le roi des rois du Bénin est attendu, mercredi, pour une cérémonie organisée dans le seul temple européen de ce culte animiste installé à Fyé.
Derrière le rideau pourpre, une tête de mort au front ceint d'un bandeau rouge est posée sur un billot de bois installé au coeur de la pièce. Petites poupées en toiles, mini-cercueils, bougies, plateau d'offrandes, percussions, Christ en plâtre ou croix orthodoxe... On se croirait dans une scène du James Bond « Vivre et laisser mourir » tourné dans les Caraïbes. On est pourtant loin du décor de cinéma. C'est dans le Nord Sarthe, à Fyé que le vaudou prospère depuis sept ans.
Passé le portail en bois équipé d'une caméra, une grande statue en bois africaine veille sur le « Hounfor du Mandragore », unique temple européen de ce culte animiste parti d'Afrique il y a plusieurs siècles dans les bagages des esclaves. Le Vaudou ? « Un culte des ancêtres. Une manière de trouver un équilibre dans la vie. Ici, viennent des gens de toutes les religions », explique « Papa Hougan ». « Celui qui détient le rite », Philippe Mazarin dans le civil, « règne » depuis 2000 sur cette grande bâtisse en pierres apparentes nichée au creux d'un vallon sur un terrain de 2 000 m2. À l'intérieur, une habitation et deux salles de cérémonie. « Nous louons cette maison. Nous sommes une association cultuelle. On vit de dons. Je donne aussi quelques consultations et des conférences dans le monde entier », précise ce Rennais de 60 ans, initié de père en fils, qui se dit « Africain des Antilles ».
Crâne de bonze, bouc poivre et sel, sourire accroché aux lèvres et colliers en pagaille, cet homme tout en rondeur au regard malicieux règle au téléphone les derniers détails du grand jour. « Ne pourront approcher le roi que ceux qui auront un badge rouge », précise-t-il.
Son excellence Houngué Towakon Guedehoungue 2
L'invité d'honneur attendu pour célébrer la pleine lune, dans la nuit de mercredi à jeudi, n'est autre que le roi des rois du Bénin, « son excellence » Houngué Towakon Guedehoungue 2. « Chez nous, certains le voient comme le Pape du Vaudou, s'amuse Papa Hougan. Au Bénin, ses cérémonies peuvent réunir jusqu'à un million de participants. »
Environ 150 personnes venues des quatre coins de la terre sont attendues en milieu de semaine. Ainsi que trois ambassadeurs de pays africains. Conférence ouverte à tous, salut aux divinités, tambours, chansons, danses et transes pour entrer en contact avec les esprits des défunts sont inscrites au programme. Pour accueillir tout le monde, un chapiteau va être dressé. « La commission de sécurité passe mercredi matin », rassure « celui qui détient le rite ».
Le téléphone sonne de nouveau. Ce sont les gendarmes. « Bien sûr, on vous préviendra dès que le convoi sera à quelques minutes du péage. » Papa Hougan n'écarte aucune question. Les sacrifices d'animaux ? « On n'en fait pas pour des questions de législations sur l'hygiène. On respecte les lois de la République. » Le coût exorbitant (150 €) du prix d'entrée à la cérémonie pour les non-adhérents ? « On reste ouvert à tous. Mais on ne veut pas que ça tourne au cirque ». Le champagne préféré au rhum comme offrande ? La réponse est cocasse : « Je bois très peu. La majorité de l'alcool sert aux cérémonies. C'est juste que j'en ai marre. On est saturé de rhum. »
Au comptoir du bar-tabac « Le monocle », au centre de Fyé, un client sirote un soda : « C'est à moitié sorcier. Il paraît qu'ils entrent en transe. S'ils te serrent la main, ils voient en toi. Mais bon, ils restent très discrets. » Michel Héry, maire de la commune, confirme : « Jamais de prosélytisme. Pour la cérémonie, ils ont toutes les autorisations des services de l'État. Moi, je suis un terrien. Alors leur truc ? Je reste sceptique. » Au restaurant du village « Le relais de Napoléon », Carole Bes, a déjà tout programmé. Elle a recruté deux « extras » pour l'occasion. « Ils doivent arriver après la cérémonie. Entre 3 h et 5 h du matin. J'ai déjà 130 couverts réservés. Ils sont charmants, se félicite la patronne. Ce sont des gens qui mangent beaucoup de riz. Alors j'ai préparé une blanquette de veau. On termine avec un bavarois poire/caramel. » C'est le roi qui va être content !
Igor BONNET.