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Dans la Sarthe, les salariés d'Arjowiggins sous le choc : « Nous ne pouvons pas baisser les bras, c'est impossible »1 |
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La consternation hier parmi les 580 salariés de l'usine de papier de Bessé-sur-Braye. © Franck Dubray, Ouest-France
La justice a prononcé, samedi, la liquidation de l'usine de Bessé-sur-Braye (580 salariés) dans la Sarthe. Celle du Bourray à Saint-Mars-la-Brière (262 salariés) est partiellement reprise.
Veste de travail bleu et jaune sur le dos, il marche lentement, le regard triste. Nous sommes à l'usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye (Sarthe). Lui, c'est Loïc Touchard. Les bras chargés de ses affaires personnelles, l'automaticien, la cinquantaine, quitte la papeterie où il travaille depuis vingt-neuf ans : « Je me sens mal, résigné. »
Hier matin, après des semaines d'incertitude et de lutte, les 580 salariés du site ont appris de leur directeur que leur usine de papier était placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Nanterre. L'usine de Bessé-sur-Braye est la plus touchée. Celle du BLes ourray à Saint-Mars-la-Brière (Sarthe) est partiellement reprise, sauvant 116 emplois sur 262. Dans l'Aisne, l'usine de Château-Thierry (75 postes) passe aux mains de l'allemand Wepa.
« Vraiment inédit »
« Il y a 800 salariés touchés, sans compter les emplois indirects, a déclaré l'avocat des salariés, Thomas Hollande. Il y a eu des liquidations qui ont touché autant de salariés, mais autant dans un même département et une même zone géographique, c'est vraiment inédit. » Des salariés ont empêché les sorties de camions en disposant des bobines de papier devant les entrées.
À quelques mètres de l'usine de Bessé-sur-Braye, deux mannequins sont pendus à côté du panneau Arjowiggins. Au sol, une poignée de salariés peignent en lettres jaune et rouge des messages interpellant vertement le président de la République et le PDG du groupe Sequana, propriétaire de la papeterie.
Un mélange de colère, de résignation teintée de camaraderie. « Je n'ai jamais connu une telle ambiance ailleurs », témoigne Vincent Lambert, 28 ans, employé polyvalent. Lui aide à la création d'une grande croix rouge et blanche, symbole de l'agonie du site. « Mon cousin a une entreprise de maintenance qui travaille avec nous. Il va devoir licencier », se désole-t-il.
Car la chute d'Arjowiggins risque de ne pas toucher que les salariés de l'usine. À des dizaines de kilomètres à la ronde, les conséquences économiques et humaines de cette fermeture s'annoncent désastreuses. Dans le centre de la commune de 2 200 habitants, c'est le coup de massue. Dolorèse Bourgouin, boulangère, explique « vendre deux fois moins de sandwiches depuis que le site est à l'arrêt ». Dans sa famille, elle n'est pas la seule touchée : « Mon fils est en formation au site de Bessé-sur-Braye. Nous sommes inquiets pour l'avenir. »
Présent sur les lieux, le maire, Jacques Lacoche, redoute que « Bessé-sur-Braye devienne une ville morte. Que le territoire soit une zone sinistrée. Les commerces, les écoles... Tout ça risque d'être impacté. Ce qu'il nous faut, ce n'est pas beaucoup : seulement 15 millions d'euros de fonds privés. »
Dans la commune voisine de La Chapelle-Huon, Arlette Roncière, 83 ans, est sous le choc : « Ça me rend malade. Cette histoire touche tout le monde. C'est le poumon du territoire ! » Comme beaucoup d'autres, Arjowiggins a fait partie de sa vie. « Mon mari y travaillait, il préparait la pâte à papier. » La retraitée a une pensée pour les salariés, dont elle « a vu les larmes à la télévision. Comment vont faire ceux qui ont un crédit immobilier, des bouches à nourrir ? Il ne faut pas les laisser tomber ! »
Certains salariés espèrent encore un miracle, qu'un investisseur privé se manifeste dans les prochains jours. Loïc Touchard, lui, n'y croit guère: « J'espère rebondir le plus vite possible. » Le maire de Bessé-sur-Braye garde espoir : « Nous ne pouvons pas baisser les bras, c'est impossible. »
Si cette entreprise avait été économiquement saine, elle n'aurait jamais connu ce sort.